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Le sommet à tout prix

La météo, un obstacle souvent sous-estimé par les alpinistes de passage. Ici, la légendaire face nord du Cervin. Keystone Archive

De nombreux étrangers perdent la vie, chaque année, dans les Alpes suisses en prenant des risques inconsidérés. Parmi eux, beaucoup d'alpinistes d'Europe de l'Est.

Vendredi encore, un alpiniste slovaque s’est tué dans la face est du Cervin. Le jeune homme, qui n’était pas encordé, a fait une chute de 800 mètres.

Son corps n’a toujours pas été retrouvé. Les secours ont dû attendre que les conditions météorologiques s’améliorent pour pouvoir reprendre les recherches.

L’année dernière, 133 personnes ont trouvé la mort dans les Alpes suisses. Parmi elles, 60 étrangers. Une proportion qui a doublé par rapport à 2000.

Sans doute parce que les touristes sont moins expérimentés. Mais surtout parce qu’ils prennent de plus en plus de risques inconsidérés.

Les étrangers renoncent difficilement

«En fonction des conditions météorologiques, l’ascension d’un sommet peut être retardée plusieurs fois», avance le directeur de l’Organisation cantonale valaisanne des secours (OCVS).

«Pour les indigènes, ce n’est pas un problème, poursuit Jacky Michelet. Mais nos hôtes étrangers, eux, sont là pour une ou deux semaines seulement. Ils renoncent donc moins facilement.»

Selon le Club alpin suisse (CAS), ce phénomène touche tout particulièrement les touristes de l’Europe de l’Est qui sont de plus en plus nombreux à se lancer à l’assaut des sommets suisses.

«Souvent, précise Hans Jaggi du CAS, ils n’ont pas les moyens financiers pour prolonger leur séjour et reporter leur ascension.»

«Généralement, ajoute Toni Fuchs, président de l’Association des guides de montagne suisses, il s’agit de jeunes qui n’ont pas suffisamment d’argent pour se payer un guide – il faut compter environ 400 francs par jour.»

Le Cervin, un mythe, une obsession

En plus, le Cervin est un cas bien particulier. C’est un mythe. Il attire beaucoup d’étrangers. Pour eux, atteindre le sommet devient alors une idée fixe.

«Techniquement, précise Jacky Michelet, ce n’est pas une ascension difficile. Il faut avoir de bonnes conditions physiques et bien maîtriser le matériel. Les accidents s’expliquent donc plutôt par des imprudences.»

Enfin, autre caractéristique de cet ‘alpinisme touristique’ suggérée par le directeur de l’OCVS: les étrangers sont dans un état d’esprit différent.

En clair, ils sont en vacances et veulent avoir du plaisir. A tout prix. Et parfois à n’importe quel prix.

swissinfo

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