Le Suisse qui a vendu les frégates de Thomson à Taïwan parle
C´est une entreprise suisse, Frontier AG Bern, qui a servi d´intermédiaire dans l´«affaire Thomson», la vente de six frégates françaises à Taïwan en 1991. Son président, Edgar Hans Brunner, un juriste à la retraite, s´exprime pour la première fois.
Le document est incontestable, et validé par la Cour internationale d’arbitrage, puis par le Tribunal fédéral le 28 janvier 1997: par une lettre contrat du 19 juillet 1990, Thomson promet à Frontier AG Bern une rémunération afin de l’aider à «obtenir un contrat de vente de frégates à la République de Chine (Taïwan)». Un contrat d’armement portant sur 3,7 milliards de francs suisses.
Pourquoi un grand groupe comme Thomson a-t-il dû faire appel à une petite société suisse peu connue du grand public? Frontier AG Bern commercialisait alors du lait de Suisse à Singapour. «Il s’agissait d’une affaire délicate et Thomson ne souhaitait pas apparaître officiellement», déclare à swissinfo Edgar H. Brunner, président de l’entreprise bernoise, qui s’exprime pour la première fois.
Plus étrange, c’est Alfred Sirven, alors numéro deux de la compagnie pétrolière Elf, qui contacte Edgar H. Brunner pour cette mission. A-t-il servi de simple prête-nom pour la vente des frégates à Taïwan? Bien évidemment, l’ancien président de Frontier AG Bern s’en défend, il aurait réalisé un «vrai travail d’intermédiaire».
Pour preuve, la société bernoise réclame toujours 40 millions de francs à Thomson pour ses «interventions». Elle a d’ailleurs obtenu à deux reprises gain de cause. D’abord devant la Cour internationale d’arbitrage à Genève, le 31 juillet 1997, puis, six mois plus tard, devant le Tribunal fédéral.
«Le contrat du 19 juillet 1990 avait une cause réelle et les prestations découlant de cette cause ont été accomplies par les sociétés demanderesses», soulignent les tribunaux. Thomson n’a non seulement jamais payé, mais a, de plus, déposé une plainte en 1997 pour «tentative d’escroquerie». Quant à Frontier AG Bern, elle a été liquidée dès septembre 1991. «Nous n’avions plus d’activités», explique Edgar Hans Brunner.
Ian Hamel
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