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Pas de percée dans les négociations au Darfour

Au Darfour, la population aspire à revenir à une vie normale. Keystone

Les pourparlers en vue d'une issue à la crise du Darfour, qui ravage l'ouest du Soudan, traînent en longueur, souligne un médiateur helvétique à swissinfo.

Julian Hottinger, qui participe aux négociations d’Abuja (Nigeria) parrainées par l’Union Africaine, voit s’éloigner l’espoir de parvenir à un accord à la fin du mois.

Jeudi, le secrétaire général des Nations Unies annonçait sa volonté d’envoyer une force d’interposition au Darfour, pour relever les troupes de l’Union Africaine déployées dans la région pour tenter de juguler les violences entre milices rivales.

Kofi Annan a fait cette annonce après s’être entretenu avec le président américain George Bush, qui veut pousser l’ONU à prendre le contrôle des efforts de maintien de la paix au Darfour.

Julian Hottinger, membre du groupe d’experts du ministère des Affaires étrangères, a fait partie des négociateurs qui sont parvenus l’an dernier à mettre au point l’accord qui a mis fin à 21 ans de guerre civile entre le nord et le sud du Soudan.

swissinfo: Le conflit fait rage au Darfour depuis maintenant trois ans. Quelles sont les perspectives de parvenir à un règlement?

Julian Hottinger: On ne résoud pas si facilement un conflit en cours. Il faut avoir une vision de ce qui peut être fait et de comment le faire, et les procédures prennent du temps.

A l’époque des négociations entre le nord et le sud, on nous avait donné six mois et il nous a fallu plus de trois ans pour arriver à un accord. Il est donc très probable que pour le Darfour, cela prendra aussi un moment.

Un calendrier a été fixé, mais au vu des progrès accomplis jusqu’ici, il pourrait être modifié. D’autant que nous serions censés parvenir à un accord pour la fin de ce mois.

swissinfo: Cela vous semble-t-il possible?

J. H.: Personnellement, je ne pense pas, surtout si nous voulons un accord global. Il me semble par contre certain que nous parviendrons à un accord partiel, sur certains points.

swissinfo: Est-ce que l’arrivée d’un gouvernement d’union nationale à Khartoum en septembre 2005 a fait avancer le dossier?

J. H.: Il y a effectivement des progrès. Le problème est que certains points centraux doivent encore être résolus: le statut du Darfour au sein de la fédération, les mécanismes de partage du pouvoir et la question de ce que la province va recevoir. Sans oublier les questions de sécurité.

swissinfo: Il semble que le président Bush et Kofi Annan soient d’accord de travailler ensemble sur la question du Darfour. Que peut-on en attendre?

J. H.: D’abord le remplacement du contingent de l’Union Africaine par une force des Nations Unies. Cette force serait plus importante que l’actuelle en nombre et serait déployée plus largement, ce qui la rendrait plus apte à contrôler la situation.

La semaine dernière, le Conseil de sécurité a donné son feu vert à l’organisation d’une telle mission. Mais à partir de là, il faut compter neuf mois de préparation avant l’arrivé des hommes sur le terrain.

swissinfo: A part l’aide financière et la participation éventuelle à ce contingent de l’ONU, que peut faire la Suisse au Darfour?

J. H.: La Suisse en fait déjà beaucoup, en terme d’aide humanitaire et de contribution au processus de paix. Il est très difficile d’envisager qu’elle puisse jouer un autre rôle tant que l’on n’a pas atteint un certain degré de stabilité et de sécurité sur le terrain.

swissinfo: En quoi ces négociations sont-elle différentes de celles auxquelles vous avez participé pour la résolution du conflit entre le nord et le sud du Soudan?

J. H.: Elles sont bien plus dures. Dans le conflit nord-sud, nous avions une vision claire de ce que chacun des deux camps était prêt à accepter. En même temps, il était évident que le sud était assez riche pour pouvoir le cas échéant s’en sortir seul financièrement parlant.

Au Darfour, la situation est bien différente. C’est une région qui souffre de sécheresse depuis une bonne vingtaine d’années, qui devient un peu plus aride chaque année et qui n’a pas la moindre ressource naturelle.

Interview swissinfo: Morven McLean
(traduction de l’anglais, Marc-André Miserez)

Le conflit du Darfour a éclaté en 2003, quand des groupes rebelles ont commencé à attaquer des objectifs gouvernementaux au prétexte que le pouvoir de Khartoum négligeait la province.
Les deux principales organisations rebelles actives sur le terrain sont l’Armée de libération du Soudan et le Mouvement pour la justice et l’égalité.
Ce conflit a déjà entraîné le déplacement de deux millions de personnes, soit la moitié de la population du Darfour.

Julian Hottinger a participé aux négociations de paix au Kenya, qui ont permis de mettre fin à 21 ans de guerre civile entre les provinces du sud du Soudan, majoritairement chrétiennes et le pouvoir musulman de Khartoum.

Cet expert en médiation est actuellement engagé dans les pourparlers sur le Darfour qui se tiennent à Abuja, au Nigeria, sous l’égide de l’Union Africaine. Il s’occupe principalement des questions de partage du pouvoir dans le cadre d’un futur accord.

La Suisse contribuera dès cette année pour plus de 10 millions de francs par an à la mission des Nations Unies au Soudan.

En 2005, Berne a alloué près de 90 millions de francs d’aide publique au Soudan pour les trois ans à venir.

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