Réclusion confirmée pour un ex-ambassadeur
Peter Friederich, ex-ambassadeur de Suisse au Luxembourg, n'échappera pas à une peine de réclusion pour blanchiment d'argent par métier.
Le Tribunal fédéral (TF) a admis le recours de l’ancien diplomate pour trois faux dans les titres, mais a confirmé sa condamnation sur le point principal.
Le Tribunal fédéral n’a admis le recours de Peter Friederich, âgé de 64 ans, qu’en ce qui concerne trois faux dans les titres. Les juges du Tribunal pénal fédéral (TPF) devront revoir la peine de trois ans et demie de réclusion infligée à l’ancien diplomate le 6 juin 2005.
Mais l’admission partielle du recours ne devrait, au vu de la gravité des autres infractions, avoir qu’une influence «marginale» sur la durée de cette peine. Le TF le précise lui-même à la fin de son arrêt.
En première instance, Peter Friederich avait été reconnu coupable de blanchiment d’argent par métier, de faux dans les titres répétés, d’abus de confiance répétés et de diminutions d’actifs répétés. En plus de la peine de réclusion, il avait écopé d’une amende de 15’000 francs.
«L’ex-ambassadeur avait reçu des millions de la part de personnes sans revenu ni fortune légale mais à la tête d’un réseau de trafiquants de drogues, afin qu’il les place sur des comptes à son nom puis les transfère selon leurs instructions à des tiers», rappelle le TF.
Argent sale
L’argent lui avait été remis sans quittance et dans des lieux publics sous forme de liasses de diverses coupures contenues dans des sacs en plastique. Sur la base de ces faits, contrairement à ce que contestait l’avocat de l’ex-ambassadeur, Me Didier Bottge, il n’était pas insoutenable de retenir que cet argent provenait du trafic de stupéfiants.
Le Tribunal fédéral confirme également la condamnation de blanchiment par métier, Peter Friederich ayant sur une période de six mois environ consacré un temps non négligeable à son activité délictuelle.
Pour ce qui concerne trois faux documents établis à l’intention des banques pour justifier la provenance des fonds qui leur étaient confiés, le TF estime qu’ils étaient dépourvus de «force probante qualifiée». L’infraction de faux dans les titres ne peut être retenue contre Peter Friederich, contrairement à ce qu’avait estimé le TPF.
Autres infractions
En plus de l’infraction la plus grave de blanchiment par métier, l’ex-ambassadeur est définitivement condamné pour abus de confiance répétés, ayant poursuivi son activité de gestionnaire de fortunes alors qu’il savait qu’il était dans une situation financière désespérée après de grosses pertes en bourse.
L’accusation de diminutions d’actifs répétées subsiste, elle aussi. L’ex-ambassadeur avait sciemment cédé ses ultimes biens, soit des actions à son nom et sa maison familiale de Bossonens (canton de Fribourg), à son épouse.
Comme son recours est partiellement admis, Peter Friederich devra supporter un émolument réduit. Il sera compensé avec les autres frais mis à sa charge. Selon le verdict rendu par le TPF, l’ex-ambassadeur devra rembourser à l’Etat cinq sixièmes des frais de la cause, qui s’élèvent à 125’000 francs.
swissinfo et les agences
1971: Peter Friederich entre au service du Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères.
1999: Il est nommé ambassadeur au Luxembourg.
Juillet 2002: Soupçonné de blanchiment d’argent, l’ambassadeur est arrêté à Berne.
Août 2002: Après 38 jours de détention préventive, Peter Friederich est relâché. Il est suspendu de ses fonctions et mis en retraite anticipée.
9 mai 2005: Ouverture de son procès devant la Cour pénale fédérale à Bellinzone.
6 juin 2005: Les juges condamnent Peter Friederich à 3 ans et demi de prison.
24 février 2006: Le Tribunal fédéral (TF) confirme la condamnation sur le point principal, le blanchiment d’argent par métier.
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