Willy Balmat, cuisinier de Lance Armstrong
De Swissair aux fourneaux de l'US Postal. Le Suisse mijote aujourd'hui les petits plats de son ami américain, maillot jaune du Tour de France.
L’Américain Lance Armstrong survole le Tour de France. Et, sauf cataclysme, il ajoutera un quatrième maillot jaune à sa collection dimanche à Paris.
Il se rapprochera alors du cercle restreint des quintuples vainqueurs: Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Miguel Indurain.
Ses succès, le Texan les doit en partie à ses coéquipiers dirigés par le Belge Johan Bruynell, ainsi qu’au staff technique. Deux Suisses en font partie: Jörg Müller (champion de Suisse en 1967, vainqueur du Tour de Romandie en 1985) et Willy Balmat.
Les deux font la paire
Tous les deux travaillent dans l’ombre. L’ancien champion argovien s’occupe de la communication du Texan. Il reconnaît: «Mon job consiste surtout à faire barrage. Je filtre les demandes d’interview…». Ces dernières ne sont généralement accordées qu’aux grands titres européens et américains.
Le Vaudois, lui, cuisine. Il surveille et prépare minutieusement tous les repas de l’équipe US Postal. «Le matin Lance me dit ce qu’il désire manger, explique-t-il. Je fais le marché. Quand j’arrive à l’hôtel, je prends contact avec le chef de cuisine. Ma voiture est pleine de victuailles non périssables: riz, pâtes, bouillon et autres ingrédients.»
Un Vaudois… de Chamonix
Mais qui est ce cuisinier de 67 ans? Polyglotte – il parle l’allemand, le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol – Willy Balmat est originaire de La Tour-de-Peilz où ses ancêtres sont venus s’établir voilà deux ou trois générations.
«La famille Balmat vient de Chamonix. Mon arrière-grand-père Jacques est le premier à avoir atteint le sommet du Mont-Blanc accompagné d’un médecin anglais», rappelle-t-il fièrement.
Né à Neuchâtel, Willy a quitté assez tôt la cité de Jacquet-Droz, réputée dans le monde entier pour ses automates.
«A huit ans, je suis parti pour Zurich où j’ai fait mes études. Comme ma famille possédait trois restaurants, j’ai suivi les traces de mon père», raconte Willy Balmat. Par la suite, il s’est retrouvé apprenti à l’Hôtel des Bergues à Genève.
«De Genève, je suis monté à Saint-Moritz, au Palace-Hôtel, ensuite à Londres, au Mirabel. Toutes les célébrités de l’époque s’y retrouvaient. Aux cuisines, on ne les côtoyait pas. Mais nous avions plaisir à dire que nous préparions des plats pour le légendaire coureur de F1 Stirling Moss, par exemple», lâche-t-il en riant.
De retour dans l’entreprise familiale, il la quitte douze mois plus tard pour les Etats Unis. Il travaillera quatre ans au Drake de San Francisco.
«Je suis tombé amoureux d’une Américaine. Mais ça n’a pas duré. Et puis, j’en ai eu assez des USA. J’ai téléphoné à mon père pour le lui dire. Trois semaines plus tard il est venu me chercher…».
Une poignée de main qui change tout
Willy Balmat a ensuite suivi une formation de steward chez Swissair. Vingt-neuf ans plus tard, il grade et devient chef de cabine. Et c’est là que tout, ou presque, bascule.
«Lors d’un vol Zurich – Chicago, trois Américains m’ont prié de demander au commandant de bord de se renseigner sur le résultat du «super Bowl», la finale du football américain. Je leur ai dit qu’il ne s’agissait pas d’un sport. Leur réponse a été fulgurante: c’est le sport le plus dur. Non! leur ai-je répondu, c’est le vélo!»
A cet instant, un quatrième passager américain est entré dans la conversation, James Ochowicz. Ce dernier prend la défense de Willy Balmat.
Manager de «Seven Eleven», il rentrait de Paris où il venait de signer le premier contrat de participation d’une équipe américaine au Tour de France. C’était en 1986.
«Nous avons engagé la conversation», explique le cuisinier suisse. «Ochowicz voulait m’engager. Cela s’est fait sur une simple poignée de main. En quelques semaines, il avait réglé le problème de contrat avec Swissair. «A l’Américaine».
L’homme le plus heureux du monde
Par la suite, l’équipe «Seven Elewen» est devenue «Motorola» puis «US Postal». «J’ai fait la connaissance de Lance lorsqu’il est passé professionnel chez «Motorola» en 1992», poursuit celui qui est devenu son ami, puis son confident.
Aujourd’hui la famille Balmat a vendu ses trois restaurants. Et Willy sa maison en Toscane. Il n’a conservé qu’un bar actuellement en gérance.
A 67 ans c’est l’homme le plus heureux du monde. Il assouvit sa passion de cyclisme vêtu de l’équipement «US Postal». Comble de bonheur, il roule sur un vélo professionnel, réplique identique de celui de Lance Armstrong. Lorsqu’il ne prépare pas son fameux poulet au citron. Normal pour un maillot jaune.
swissinfo/Pierre-Henri Bonvin à La Plagne
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