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À Zurich, les vols fréquents sabotent les efforts pour le climat

Illustration d'un avion arborant la croix suisse et émettant du CO₂ au-dessus d'une personne debout sur des panneaux solaires. Elle symbolise l'impact du trafic aérien sur le climat et la tension entre l'aviation et les énergies propres.
Les voyages en avion restent l'une des activités qui génèrent le plus d'émissions de CO2. Illustration: Kai Reusser / SWI swissinfo.ch

Les résidents de Zurich parcourent plus de 10'000 km en avion par an, en moyenne. Ces trajets sont à l’origine d’un bilan carbone par personne supérieur à l’ensemble des systèmes de chauffage, voitures, bus et énergies utilisés au sein de la ville.

Depuis des années, les autorités zurichoises font la promotion de leurs progrès climatiques. Selon elles, la ville est sur la bonne voie pour atteindre zéro émission territoriale nette d’ici 2050. Mais au-delà des frontières de la ville, les résidents de Zurich sapent ces avancées.

Selon le dernier rapport provisoireLien externe sur le climat de Zurich, l’empreinte carbone produite par ses habitants au sein même de la ville de Zurich n’est que de 16%. Les 84% restants proviennent d’émissions indirectes, liées à la consommation, produites à l’étranger.

Si on les cumule, ces émissions atteignent environ 11,9 tonnes d’équivalent CO2 par personne et par an, une hausse de près de 20% depuis 1990. Une augmentation qu’on doit principalement aux émissions extérieures, soit les biens et services importés. Parmi tous ces facteurs, l’aviation est le plus grand contributeur, étant responsable d’environ 50% de CO2 de plus, en moyenne, que toutes les activités des habitants à l’intérieur de la ville.

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Kai Reusser / SWI swissinfo.ch

Cela présente un défi pour les autorités locales. Le gouvernement dispose de moyens limités au-delà de ses frontières. Par conséquent, l’action au niveau individuel constitue la principale méthode de lutte contre la pollution.    

«L’objectif climatique de Zurich est atteignable», déclare Sascha Nick, physicien et économiste qui travaille sur les transitions sociétales et la consommation durable à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). «Mais ils n’ont aucune chance d’y arriver s’ils continuent à faire ce qu’ils font.»

Un examen plus poussé de l’empreinte carbone de Zurich

Si on la mesure à l’échelle territoriale, l’histoire de l’empreinte carbone de Zurich ressemble à un succès.

Au sein de la ville de Zurich, les émissions directes chutent régulièrement depuis plusieurs années et se trouvent désormais aux alentours de 2,2 tonnes d’équivalent CO2 par personne. Ce qui place Zurich dans la moyenne supérieure des villes européennes qui publient leur bilan climatique. À titre de comparaison, Copenhague, une ville souvent citée en exemple pour son action climatique offensive, a déclaré environ 1.0 tonne de CO2 par personne en 2024, tandis que Berlin a déclaré à peu près 3.6 tonnes de CO2 par personne cette même année.

«Cela confirme que nos mesures locales sur les logements, la mobilité et l’énergie sont efficaces», estime Andreas Hauri, un membre du conseil municipal de Zurich, qui dirige le département de la Santé et de l’Environnement.

Néanmoins, le ciel qui surplombe la ville raconte une tout autre histoire. En 2024, les habitants de Zurich ont parcouru en moyenne 10’500 km en avion par personne – l’équivalent, grosso modo, d’un vol aller-retour de Zurich à Dubaï chaque année. Cela représente une hausse de 600 km par rapport à l’année précédente. Les émissions dues aux trajets en avion ont augmenté d’environ 110 kg d’équivalent CO2 par habitant.

Le vol en avion consomme actuellement 3,2 tonnes d’équivalent CO2 par personne. Cela dépasse ce que la science du climat considère comme compatible avec l’accord de Paris. Pour rester sur une trajectoire de 1,5°C, les émissions moyennes par habitant, toutes sources combinées, devraient être réduites à environ 2,7 tonnes par an d’ici 2035.

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Les émissions que Zurich ne peut pas réguler

D’après les autorités municipales, les émissions carbones dues à l’aviation résultent de conditions structurelles plutôt que d’un défaut de sensibilisation. L’avion demeure relativement bon marché et facile d’accès. Le fort pouvoir d’achat des habitants de Zurich, et les connexions internationales de la ville amplifient le problème, alors que les alternatives demeurent limitées.

Contrairement aux bâtiments, aux systèmes de chauffage ou aux voitures, l’avion échappe largement aux réglementations de politique municipale. Les seuls outils à disposition de la ville pour tenter de limiter le transport aérien sont les campagnes de sensibilisation et la promotion d’alternatives telles que les connexions ferroviaires internationales et le train de nuit – des options qui dépendent largement des investissements nationaux et internationaux.

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Kai Reusser / SWI swissinfo.ch

Des changements individuels pourraient avoir un effet considérable. Quand les vols ont quasiment pris fin au cours des confinements dus au Covid, l’empreinte carbone des résidents de Zurich a chuté.

«Les années Covid nous ont donné une échelle de grandeur», dit Sascha Nick de l’EFPL. «Elles indiquent à quel point les niveaux actuels de trafic aérien devraient diminuer pour espérer faire baisser durablement les émissions.»

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Sascha Nick et ses collègues estiment que pour aligner le trafic aérien sur les objectifs climatiques, il faudrait que le nombre de kilomètres par passager redescende au niveau des années 1980, quand le nombre de voyages aériens par personne était trois à quatre fois moins élevé qu’aujourd’hui.

Les progrès énergétiques du transport aérien ne vont probablement pas suffire à faire baisser les émissions à un niveau durable. Même des avions à meilleur rendement et le recours accru à des carburants durables ne permettraient pas de réduire les émissions du transport aérien au niveau des années 1990 d’ici la moitié du siècle, selon une étude commandée par les autorités zurichoises.

Comment Zurich calcule les émissions individuelles

De nombreuses villes ont des habitants qui voyagent régulièrement en avion, mais Zurich fait partie des rares à fournir un mode de calcul si précis des émissions carbone individuelles. La ville combine des mesures directes du CO2 contenu dans l’air et un inventaire détaillé des émissions carbone issues de la consommation.

Dans le cadre de l’infrastructure de recherche européenne ICOS, des scientifiques du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa) ont installé des capteurs de haute précision autour de Zurich, qui mesurent le taux de CO2 qu’émet la ville.

Les émissions carbones issues de la consommation en dehors de la ville sont estimées à partir de données détaillées sur les dépenses des ménages, leurs pratiques de voyages, et les chaînes d’approvisionnement.

«Des données fiables sur les émissions sont cruciales si on veut espérer rendre visibles les mesures favorables au climat dans l’atmosphère», déclare Lukas Emmenegger, qui dirige ce travail de mesure du CO2 du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche.

Zurich est l’une des trois villes pilotes de l’initiative ICOS, avec Paris et Munich, qui a permis d’élaborer de nouvelles méthodes de mesure des émissions carbone en milieu urbain. Bien que le projet ne soit officiellement qu’à la fin de sa phase préliminaire, les chercheurs qui y participent prévoient d’utiliser les leçons et les outils du projet pour aider d’autres villes à mettre en place des dispositifs similaires.

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Pourquoi l’écart compte

La situation de Zurich montre que les efforts locaux de durabilité doivent s’accompagner de changements dans les comportements.

Si on se base sur la consommation, la Suisse se place parmi les plus gros pays émetteurs au monde. En 2023, les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation individuelle de la population suisse équivalaient à 13,3 tonnes de CO2 par personne, plaçant le pays aux côtés de la Corée du Sud et de l’Australie, et au-dessus du Canada, de Taïwan et du Luxembourg, entre autres. Seule une poignée de nations, dont les États-Unis et la Belgique, ainsi que plusieurs États exportateurs de pétrole, ont enregistré des émissions par habitant plus élevées.

Contenu externe

Pour un pays qui importe la majorité de ce qu’il consomme, ce déséquilibre est structurel. Puisque les émissions territoriales chutent, celles qui dépendent de ce que consomment les habitants à l’étranger jouent un rôle de plus en plus crucial dans la réduction effective de l’impact climatique de la Suisse.

«Si vous ne regardez que ce qui se passe à l’intérieur d’une ville ou d’un pays, les émissions peuvent vous paraître en baisse, même si l’impact climatique global ne l’est pas, précise Sascha Nick. À ce stade, la consommation devient décisive.»

ICOS cities était un projet pilote européen visant à tester de nouvelles manières de mesurer les émissions de CO2 en milieu urbain.

À Zurich, Paris et Munich, qui ont fait office de villes pilotes, on a combiné la mesure de la qualité de l’air et l’inventaire de l’empreinte carbone.

Ce projet avait pour but d’élaborer des méthodes utilisables par d’autres villes, pas seulement des recherches spécifiques à chacune.

La phase préliminaire a pris fin, et Zurich prévoit d’intégrer cette approche dans sa stratégie climatique à long terme.

Relu et vérifié par Gabe Bullard / traduit de l’anglais par Pauline Grand d’Esnon /kro

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