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Argent palestinien et banques suisses

Si Arafat avait voulu cacher de l'argent, il n'aurait pas utilisé une banque israélienne. Keystone Archive

La réalité est moins passionnante que la fiction. L’Autorité palestinienne a bien déposé de l’argent en Suisse, mais en toute légalité.

Entre février 1997 et décembre 2001, la banque privée Lombard Odier a géré autour de 300 millions de dollars. Une fortune investie à long terme et connue des autorités suisses comme israéliennes.

Depuis la mort de Yasser Arafat, les spéculations vont bon train sur la fortune supposée du fondateur de l’OLP. Les chiffres s’envolent, évoquant 300, 800 et même 1,3 milliard de dollars.

Le magazine américain «Forbes» classe le leader palestinien en sixième position dans la catégorie «rois, reines et despotes», juste derrière la reine d’Angleterre.

A ce «trésor de guerre» caché, les médias accolent presque systématiquement la Suisse, ses banques, et son fameux secret bancaire. Beaucoup de ces rumeurs partent d’Israël.

Les faits sont beaucoup plus simples. Deux intermédiaires israéliens, Yossi Ginossar et Ozrad Lev, mandatés par l’Autorité palestinienne, sont venus démarcher les établissements financiers genevois fin 1996. Il s’agit de faire fructifier un «capital de réserve» de 300 millions de dollars.

Cette somme représente la rétrocession par Israël des cotisations retraites prélevées sur les salaires des travailleurs palestiniens employés dans des entreprises israéliennes.

Fermeture après la deuxième Intifada

Lombard Odier accepte de gérer cet argent à condition que tout soit clair. Pas question de toucher à des sommes qui pourraient financer des actions terroristes. Les autorités fédérales, la Commission fédérale des banques, et l’Etat d’Israël savent donc parfaitement où se trouve la cagnotte de l’Autorité palestinienne.

«Ces comptes ont été ouverts en février 1997. Nous étions alors dans le contexte des accords de paix d’Oslo», souligne Jérôme Koechlin, porte-parole de la banque privée genevoise.

Lombard Odier préfère cesser ses relations avec l’Autorité palestinienne en décembre 2001, après de déclenchement de la deuxième Intifada. Depuis, l’argent a quitté la Suisse.

On est donc très loin du polard, dans lequel des établissements financiers peu regardants acceptent des paquets d’argent sans en demander la provenance.

Le chantage d’un intermédiaire

D’où viennent ces informations sur le trésor caché d’Arafat sur les bords du lac Leman? D’un des intermédiaires israéliens venus ouvrir des comptes chez Lombard Odier. Ses relations se sont détériorées avec l’Autorité palestinienne.

Ce consultant aurait tenté de récupérer à son profit certains intérêts générés par les placements. A-t-il cherché à faire chanter Lombard Odier? Des documents bancaires ont alors circulé dans de nombreuses rédactions, en Israël, en Europe et aux Etats-Unis, afin de tenter de brouiller l’image de la banque suisse.

L’un d’entre eux montre un mystérieux transfert de 65 millions de dollars le 24 août 2001 de la banque privée genevoise en direction d’une banque londonienne. D’autres documents, qui se veulent accablants, prouvent que Yasser Arafat aurait placé de l’argent à la banque Leumi à Tel-Aviv.

Or, l’ancien leader de l’OLP avait sans doute beaucoup de défauts, mais pas celui d’être idiot. S’il avait voulu cacher de l’argent pour financer des actions terroristes, le président de l’Autorité palestinienne n’aurait certainement pas utilisé une banque israélienne…

swissinfo, Ian Hamel

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