La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

«Nous ne saurons jamais la vérité»

2001: des milliers d'employés de Swissair protestent devant le Palais fédéral contre la fermeture de la compagnie aérienne. Keystone

Le procès Swissair touche à sa fin. L'accusation a requis des peines sévères. Mais les ex-collaborateurs n'ont pas grand espoir que justice soit faite.

Pourtant la débâcle de Swissair a été un traumatisme pour le personnel. Certains employés sont restés au chômage durant des années; d’autres sont encore dans une situation précaire.

A l’époque bénie de Swissair, c’était un honneur de travailler pour la compagnie aérienne nationale, symbole d’efficacité et de ponctualité. Certains membres du personnel mentionnaient, sur l’annuaire téléphonique, «employé Swissair».

Fleuron de l’un des pays les plus riches du monde, la compagnie a piteusement fait faillite en 2001. Le jour du «grouding» est resté dans la mémoire collective. Les avions étaient alors restés cloués au sol car la compagnie n’avait plus assez d’argent pour payer le kérosène.

L’orgueil d’un temps a cédé la place au désintérêt voire à la honte auprès de certains ex-collaborateurs. Aujourd’hui, il est difficile de trouver quelqu’un disposé à témoigner à visage découvert pour rappeler les moments chaotiques de ce licenciement massif.

Une histoire à oublier

La banqueroute de Swissair, la plus grave qui ait jamais eu lieu en Suisse, fut vécue comme un drame national. Elle a frappé de plein fouet le personnel: d’un seul coup, 9000 salariés se sont retrouvés à la rue.

Ce nombre s’est cependant révélé moins élevé que celui avancé en pleine crise lorsqu’il avait été question de 40’000 licenciements y compris ceux des fournisseurs de la compagnie.

Plus de la moitié des licenciés a retrouvé une place au sein de la nouvelle compagnie Swiss. Beaucoup se sont replacés dans les banques ou les assurances ou se sont reconvertis dans les secteurs de l’hôtellerie ou des transports ferroviaires.

D’autres, moins qualifiés, étrangers ou partiellement invalides mais aussi des pilotes, des techniciens et des ex-cadres ont eu de la peine à décrocher un nouvel emploi.

Le témoignage d’un cadre

«J’ai eu de la chance, se souvient un ex-cadre supérieur de Swissair qui préfère garder l’anonymat. J’ai tout de suite retrouvé une position qui correspondait à la mienne.»

«En revanche, d’autres collègues sont restés au chômage durant des années, poursuit-il. Il s’agit de personnes qui ont passé 20 ou 30 ans dans la compagnie et qui y avaient investi tout leur argent». Ainsi, outre le travail, ces gens ont aussi perdu leurs économies.

La décision du liquidateur de Swissair Karl Wütrich de ne pas accorder un plan social aux cadres a été un coup dur. Une décision que ces mêmes cadres ont contestée au tribunal.

L’ex-cadre Swissair n’attend pas grand-chose de l’autre procès, celui qui a lieu actuellement à Bülach.

«Nous ne saurons jamais la vérité, il y avait trop de choses pourries et, à mon avis, la chute de Swissair avait déjà commencé en 1998 lorsque Philippe Bruggisser, alors président de la direction, s’était mis à engager des dirigeants qui ne comprenaient rien ni à l’aviation ni au système suisse. C’est à partir de ce moment-là que la culture d’entreprise de Swissair a commencé à se dégrader.»

Une présence relative aux audiences

Cette résignation est partagée par une grande partie du personnel de Swissair. Pourtant peu d’ex-employés assistent aux audiences en cours à Bülach contre les administrateurs.

Seuls les débats auxquels a comparu Mario Corti, le dernier président du Conseil d’administration apprécié pour son engagement dans les moments difficiles, ont été davantage suivis.

Le syndicat des pilotes aussi estime que le procès est davantage un alibi qu’une véritable occasion de débrouiller l’écheveau et parvenir à la vérité.

«Au mieux, je m’attends à l’avenir à ce que les grandes entreprises puissent empêcher que des décisions aussi erronées soient prises et qu’elles améliorent les mécanismes de contrôle», explique Christian Frauenfelder, président d’Aeropers.

De nombreux pilotes volent désormais pour Swiss mais d’autres, avec peu d’heures de vol à leur actif, ont dû accepter d’émigrer vers des compagnies aériennes lointaines ou de travailler pour d’autres à bas tarifs, un peu partout et sans contrats de qualité. Ceci pour accumuler l’expérience nécessaire pour devenir capitaine.

Les cas les plus durs

«Désormais, je commence à perdre l’espoir de retrouver un emploi fixe», raconte, la voix brisée par l’émotion, une employée anonyme de Gate Gourmet. Avant le «grounding», cette femme de 49 ans préparait les plateaux-repas pour les passagers. Elle s’en est tirée grâce à l’aide sociale et à quelques boulots temporaires dans la restauration.

Dernièrement, elle a aussi fréquenté un cours d’infirmière financé par la «Fondation pour les cas difficiles» – «Stiftung Härtefälle» dotée de quatre millions de francs – créée expressément pour soutenir les anciens collaborateurs en mauvaise passe.

«Je suis séparée et mère d’une petite fille et je ne peux donc pas accepter des emplois qui prévoient des tournus le soir ou la nuit et c’est justement ce que l’on me propose continuellement», soupire-t-elle. Dans cette optique, le procès Swissair est le dernier de ses soucis.

L’ex-employée ne peut même plus compter sur l’aide de la fondation qui cesse son activité en mars après avoir aidé des centaines de personnes à sortir de l’impasse.

swissinfo, Raffaella Rossello
(Traduction – adaptation de l’italien, Gemma d’Urso)

La procédure pénale contre les ex-cadres de Swissair a lieu au siège du tribunal de district de Bülach (Zurich), du 16 janvier au 9 mars.

Les accusations comprennent des délits tels que la gestion déloyale, l’abus de confiance et les dommages causés aux créanciers et aux actionnaires.

Le Ministère public de Zurich a requis des peines comprises entre six et 28 mois de détention et des amendes allant de 38’000 francs à plus d’un million. Mario Corti est le plus touché parmi les 19 inculpés: le procureur a demandé 28 mois de prison dont six fermes et un million de francs d’amende contre le dernier responsable de SairGroup.

La plupart des prévenus, cadres de haut rang, personnages-clé de l’économie suisse, ont repoussé toutes les accusations et ont mis à profit la possibilité de ne pas répondre aux questions.

Une seconde procédure, civile cette fois-ci, débattra des comptes de la compagnie avant la faillite.

Six ans après le «grounding» de Swissair, les transports aériens en Suisse semblent être sortis des tourmentes du passé. La compagnie Swiss, contrôlée par l’allemande Lufthansa, envisage de nouvelles possibilités de croissance.

Durant la première moitié de 2006, Swiss a présenté un bilan positif soit un bénéfice de 76 millions de francs dont 72 réalisés durant le second trimestre.

Durant le premier semestre de 2005, la compagnie avait en revanche connu une perte de 89 millions de francs.

A mi-2006, Swiss occupait 5715 personnes soit 16,4% de moins que l’année précédente.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision