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L’héritage controversé de G.-A. Chevallaz

Georges-André Chevallaz photographié peu avant son 85eme anniversaire. Keystone Archive

Décédé ce week-end, l'ancien conseiller fédéral et historien Georges-André Chevallaz a marqué des générations d'écoliers de Suisse romande.

Son «Histoire générale de 1789 à nos jours» suscite aujourd’hui encore le débat.

«Sur le plan pédagogique, ce manuel était difficilement utilisable. Il était beaucoup trop dense, constitué d’une accumulation de faits et dépourvu de perspectives historiques».

Ce jugement sans appel est celui de l’historien Philippe Marguerat. Il concerne pourtant un ouvrage qui a été utilisé pendant plus de trente ans dans les écoles romandes.

Cette longévité s’explique, selon Philippe Marguerat, par l’absence jusque dans les années 90 d’un autre manuel d’histoire utilisable dans les écoles de Suisse romande.

Au service de l’Etat et de ses mythes fondateurs

Pour son collègue André Lasserre, ce manuel était fortement marqué par son temps. «Georges-André Chevallaz fait partie de la génération qui a connu la guerre. C’est un historien au service de l’Etat et de ses mythes fondateurs.»

Mais André Lasserre estime que le patriotisme qui transpire de son manuel d’histoire est parfaitement légitime, vu l’époque où il a été écrit.

Un point de vue que partage le journaliste et écrivain Bertil Galland : «Nous jugeons son travail sur la base d’éléments mis en évidence après coup et avec un regard qui a passablement évolué avec le temps.»

Ce changement de point de vue a justement subi un coup d’accélérateur avec l’affaire des fonds en déshérence et la remise en cause de l’attitude de la Suisse face à l’Allemagne nazie.

Une crise qui mis en évidence les lacunes du manuel de Georges-André Chevallaz concernant cette période.

Cela n’a pas empêché son auteur de continuer de défendre les autorités de l’époque et de fustiger publiquement des historiens critiques comme Hans-Ulrich Jost, l’un des auteurs de la Nouvelle histoire suisse

Contacté par swissinfo, Hans-Ulrich Jost garde d’ailleurs un mauvais souvenir de ces polémiques et préfère s’abstenir de tous commentaires.

Philippe Marguerat, lui, garde en mémoire la thèse écrite par le jeune Georges-André Chevallaz. Une étude consacrée à l’agriculture vaudoise sous l’Ancien Régime.

Attaché à la défense du pays

«Avec ce travail, estime Philippe Marguerat, il a fait œuvre de pionnier en Suisse. Sa prise en compte des facteurs économiques et sociaux le situait dans le sillage de l’école française des Annales.»

Une carrière d’historien prometteuse qui a fini par céder le pas à son parcours politique.

«Georges-André Chevallaz était davantage attaché à la défense du pays qu’au pouvoir», a déclaré le radical vaudois Yves Christen sur les ondes de la Radio suisse romande.

Un jugement que l’on peut également transposer sur son travail d’historien.

swissinfo/Frédéric Burnand à Genève

7 février 1915 : naissance à Lausanne de Georges-André Chevallaz

1957- 1973 : syndic (maire) de Lausanne

1964 : vice-président de l’Expo nationale

1959 – 1973 : député à la chambre basse du parlement suisse

1973 – 1979: ministre suisse des finances

1980 : Président de la Confédération

1980 – 1983 : ministre suisse de la défense

8 septembre 2002 : mort à Lausanne de Georges-André Chevallaz

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