Les ONG veulent leur place au Sommet de l’info
Le Sommet de 2003 sur la société de l'information entame sa mise en train ces jours à Genève. Grosses inquiétudes du côté de la société civile.
Avec l’ONU comme parrain et l’UIT, l’Union internationale des télécommunications, comme guide principal, Genève en 2003 puis Tunis en 2005 accueilleront un Sommet mondial sur la société de l’information.
Toute cette semaine à Genève, près d’un millier de personnes représentant des États, des organisations non gouvernementales et des sociétés du secteur privé mettent la main aux premiers grands préparatifs officiels.
Définir les règles du jeu
Il s’agit, avant toute chose, de définir les règles du jeu du Sommet et les responsabilités de chacun de ses partenaires, de mettre au point l’ordre du jour et de s’entendre sur les thèmes qui doivent y être traités.
Les problèmes n’ont pas tardé à surgir: d’un côté, les gouvernements entendent garder le contrôle de l’événement, des négociations, des décisions et autres prises de position portant l’étiquette ONU.
De l’autre, les représentants de la société civile et des organisations non gouvernementales en particulier ne veulent pas rester «derrière une porte close» à attendre l’issue des débats gouvernementaux.
Ils ne demandent pas le droit de vote, mais réclament l’égalité pour tous les autres droits, en particulier celui de pouvoir faire entendre leurs points de vue au cœur même du Sommet.
L’atmosphère, à dire vrai, est assez pesante au Centre international de conférences de Genève. Certains représentants d’ONG n’excluent aucune hypothèse. Les plus exigeants parlent déjà d’un contre-sommet civil qui se déroulerait parallèlement à celui des chefs d’États et de gouvernements.
Le risque de la contradiction
La Suisse vivrait alors cette situation comme un échec. A l’ouverture de cette première conférence préparatoire, Moritz Leuenberger, ministre suisse de la Communication, avait d’ailleurs invité les gouvernements à ne pas s’isoler.
Comme d’autres, il pense que ce dialogue constituerait la grande nouveauté de ce rendez-vous mondial: «si les autres sommets n’ont pas toujours rencontré de succès, c’est bien parce que la société civile et l’économie n’y étaient pas suffisamment impliquées».
Moritz Leuenberger admet que cela compliquera son organisation: «mais qui oserait prétendre que les solutions démocratiques et durables sont simples?»
Un fonctionnement démocratique: tel est bien le premier défi auquel doivent répondre sans attendre les préparatifs de ce Sommet. Sans quoi il contredirait sa principale ambition, à savoir «lever les barrières» et ouvrir la voie à «un accès universel et équitable à la société de l’information.»
Tentatives de médiation
Comment donc garantir le meilleur dialogue possible entre les gouvernements dont certains ne veulent pas du tout entendre parler et une société civile qui se présente forcément en ordre dispersé à l’image d’une planète aux mille visages?
Il faudrait parler aussi des partenaires économiques qui, eux, se font beaucoup plus discrets que les ONG? Quelle place et quel rôle vont tenir dans ce Sommet des sociétés commerciales tout à l’affût des profits que leur ouvre le développement des télécommunications?
La Suisse, tant bien que mal, s’efforce actuellement (elle n’est pas la seule) de jouer les bons offices. Mardi, l’ambassadeur Daniel Stauffacher, délégué du gouvernement fédéral pour la préparation du Sommet, a rencontré une petite délégation des ONG présentes à Genève.
Celle-ci lui a remis plusieurs propositions très concrètes sur la manière d’intégrer activement les différents partenaires du Sommet, dans la ligne des recommandations générales de l’ONU qui vont dans ce sens.
A la Suisse, mais aussi à l’Union européenne notamment, de convaincre maintenant les États d’examiner ces propositions et d’en tenir compte d’une manière ou d’une autre dans l’établissement des règles du jeu du Sommet. Si tel n’était pas le cas, on aurait tout à craindre de sa réussite.
Chacun à sa place… avec les autres
Guy-Olivier Segond, ce Genevois jadis membre du gouvernement cantonal et aujourd’hui ambassadeur spécial de l’UIT pour le Sommet, défend pour sa part une claire complémentarité des tâches et des responsabilités.
Selon lui, «c’est l’État qui dit le droit et qui organise le marché, c’est l’entreprise privée qui choisit la technologie adaptée, c’est la société civile qui fournit l’essentiel des contenus.»
Ce qui est sûr, c’est que nombre d’organisations non gouvernementales et autres associations civiles ne sont pas prêtes à se laisser dicter par les gouvernements une vision du monde qui ne correspondrait pas à leur connaissance du terrain. Mais ça, c’est déjà le chapitre suivant.
swissinfo/Bernard Weissbrodt à Genève
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