Pourquoi il faut soutenir la nouvelle Crossair
Les partisans d'un financement public de la nouvelle compagnie aérienne helvétique relativisent les reproches lancés par «L'appel des 17».
«L’appel des 17» a été diffusé mercredi par voie de presse. Cette prise de position a été initiée par «Avenir Suisse», une fondation qui a pour but d’éclairer le public sur les questions de politique économique et sociale.
Un plan à la va-vite
Les professeurs estiment que le concept de la nouvelle compagnie est trop orienté sur le sauvetage des places de travail. Or avec ce souci, on n’assure pas l’avenir. En effet, aucune étude sérieuse ne prouve que le transfert à Crossair de 26 moyen-courriers et de 26 long-courriers soit économiquement viable.
Les trois partis gouvernementaux (radicaux, socialistes et démocrates-chrétiens), qui soutiennent l’injection de fonds publics dans la nouvelle compagnie, reconnaissent que le plan a été mis trop rapidement sur les rails.
«Ils ont raison de dire qu’il y a des insuffisances dues à la précipitation», déclare Jean-Philippe Jeannerat, porte-parole du PS. «Ces critiques sont assez réalistes», souligne de son côté Barbara Perriard, porte-parole du PRD.
Les représentants des trois partis estiment cependant qu’il n’était pas possible de faire mieux. Il fallait en effet agir très vite pour préserver des milliers d’emplois et éviter une vraie catastrophe nationale.
Le libéralisme en question
Par ailleurs, socialistes et démocrates-chrétiens sont d’avis que la critique est par trop facile. «Les professeurs ne disent rien d’une vraie solution pour l’avenir», remarque Béatrice Wertli, cheffe de l’information du PDC. «Il est facile de dire après coup comment on aurait pu faire mieux», déclare pour sa part Jean-Philippe Jeannerat.
Les professeurs estiment bien sûr que la déconfiture de Swissair provient des erreurs de ses responsables. Mais ils sont également d’avis que les faiblesses de la compagnie auraient été mises à jour plus vite dans un marché complètement libéralisé.
Les radicaux sont d’accord pour estimer que le cas Swissair ne remet en rien en cause le processus de libéralisation. En revanche, démocrates-chrétiens et socialistes ne partagent pas l’analyse des professeurs.
«La fin de Swissair n’a rien à voir avec un système libéral ou socialiste, mais seulement avec les erreurs du management», déclare Barbara Perriard. Quant à Jean-Philippe Jeannerat, il insiste sur le fait qu’une libéralisation excessive débouche également sur des faillites.
Pas de désengagement hâtif
Les professeurs veulent enfin que l’engagement de l’Etat dans la nouvelle Crossair soit limité dans le temps. Selon eux, la Confédération devrait vendre toutes ses parts à la fin 2005, ou n’en garder que moins de 5%, pour le symbole.
Les représentants des trois partis sont tout à fait d’accord. L’Etat ne doit pas s’engager indéfiniment en faveur d’une compagnie privée.
Toutefois, tous sont opposés à un désengagement fixé à la fin 2005. Ils estiment que la vente des actions de la future société devra se faire au moment le plus opportun. Fixer un délai, c’est prendre le risque de devoir vendre des actions au moment où la bourse est dans une mauvaise passe.
«Think tank»
La Fondation «Avenir Suisse» a été créée le 1er janvier dernier. Doté d’un capital de 55 millions de francs, ce «think tank» a été mis sur pied par quatorze grandes entreprises du pays.
Parmi elles on retrouve le groupe Credit Suisse, Roche, Novartis, Kuoni ou encore ABB. Mais aussi, et le détail est piquant, Swissair.
Olivier Pauchard, Palais fédéral
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