Prix Nobel de chimie pour un biophysicien suisse
Le Nobel de chimie 2002 récompense l'Américain John Fenn, le Japonais Koichi Tanaka et le Suisse Kurt Wüthrich.
Pionnier de la recherche sur les prions, ce dernier a mis au point une nouvelle méthode d’analyse des molécules organiques.
Attribué mercredi par l’Académie royale des sciences de Suède, ce Nobel de chimie 2002 va pour moitié au tandem américano-japonais et pour l’autre au professeur de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ).
Les découvertes de ces trois chercheurs permettent de connaître, dans les plus brefs délais, la nature – qu’elle soit saine ou maligne – des protéines analysées en laboratoire.
Associées à d’autres techniques, elles rendent aussi possible le diagnostic précoce de maladies graves et ouvrent ainsi la voie au développement de nouveaux médicaments.
Couronnement d’une carrière
John Fenn, (85 ans) et Koichi Tanaka (43 ans) sont tous deux récompensés pour avoir développé la spectrométrie de masse.
A noter que cette méthode d’identification des molécules par leur masse a été adoptée par pratiquement tous les laboratoires de chimie du monde.
Kurt Wüthrich (64 ans), lui, est récompensé pour avoir adapté la résonance magnétique nucléaire (une autre méthode d’analyse) à la biologie moléculaire.
Alors que la spectrométrie de masse permet d’identifier la nature et le nombre des molécules, la RMN aide à mieux connaître leur apparence et leur mobilité grâce à l’imagerie tridimensionnelle.
Pour l’Académie suédoise, cette possibilité d’établir des modèles tridimensionnels des protéines est un pas décisif vers «une meilleure compréhension des processus de la vie».
Les travaux de Kurt Wüthrich ont notamment permis d’établir que les protéines des prions humains et bovins sont très semblables. Et l’étude des différences observées au niveau moléculaire devrait permettre à terme de déterminer si la maladie de la vache folle peut se transmettre à l’homme.
Pour Kurt Wüthrich, ce Prix Nobel représente le couronnement d’une carrière déjà remarquable Depuis 1974, il a été récompensé d’une quinzaine de prix, tant au niveau national qu’international.
Cinquième Nobel pour l’EPFZ
A la surprise et au bonheur du lauréat, s’est joint mercredi celle de ses collègues de l’EPFZ.
«Des rumeurs sur une désignation de Kurt Wüthrich circulaient depuis plusieurs années, admet le porte-parole de la Haute Ecole zurichoise. Mais nous ne nous attendions pas à ce qu’il reçoive le Nobel cette année.»
De son côté, précédent lauréat suisse du Nobel de chimie (1991), Richard Ernst tient à souligner l’importance de l’apport de Kurt Wüthrich à la compréhension des processus bio-médicaux.
Et d’ajouter que ce cinquième Prix Nobel attribué à un chercheur de l’EPFZ démontre – si besoin était – le rayonnement planétaire de l’institution.
«Sur les cinq Nobel gagnés par des gens qui travaillaient à l’EPFZ, trois sont allés à des étrangers, précise Richard Ernst. Tandis que Kurt Wüthrich et moi-même sommes suisses.
Et de conclure: «Cela prouve que cette école est capable d’attirer les meilleurs scientifiques du monde».
Signe positif pour la recherche
Pour Ruth Dreifuss, ce Nobel est très important pour l’ensemble du pays et de ses scientifiques. La ministre de l’intérieur rappelle les années de vaches maigres et promet de faire tout ce qui est en son pouvoir pour la mise à disposition des moyens nécessaires à la poursuite d’une recherche de première classe.
Quant au Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), il voit dans cette distinction une preuve de l’efficacité de la recherche helvétique.
Le FNS (qui a cofinancé les travaux du lauréat) estime que ce prix Nobel suffit à prouver que les investissements consentis dans la recherche entre 1960 et 1990 sont payants.
swissinfo/Marc-André Miserez et les agences
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