Une start-up pleine d’avenir
Testée jusqu'ici sur des souris, l'enzyme ab1 n'est pas encore un médicament consommable par l'homme.
Afin de poursuivre son développement, ses pères ont choisi de lancer leur propre entreprise. Et de chercher eux-mêmes les fonds nécessaires.
«Depuis l’époque de mes études, je me suis toujours destiné à la recherche, avec pour but ultime d’arriver jusqu’au patient». A 37 ans, Christophe Bonny semble près du but.
S’il continue à diriger la recherche à l’Unité de génétique moléculaire du CHUV, le jeune biologiste est également l’un des patrons de Xigen, l’entreprise qui doit mener à son terme le développement de l’enzyme ab1.
Et la route est encore longue.
Des années d’efforts
«S’agissant de la surdité et des attaques cérébrales, la phase pré-clinique est achevée», explique Christophe Bonny. Les tests sur les souris de laboratoire ont montré que le produit était protecteur. Reste maintenant à voir s’il peut être également destructeur.
Pour cette phase d’analyses toxicologiques, Xigen aura encore besoin de six à neuf mois. Puis viendront les essais cliniques, sur des patients humains, d’abord à très faibles doses.
Ceux-ci devraient pouvoir commencer d’ici une année à une année et demi. Quant à l’arrivée sur le marché d’un médicament à base d’ab1, les patrons de Xigen ne se risquent pas à donner de délai. Mais à l’évidence, il se comptera en années.
Six millions à trouver
Reste à savoir qui va payer. «Dans un cas comme celui-ci, on ne peut plus compter sur les bailleurs de fonds institutionnels ou académiques», note Christophe Bonny, subventionné par Berne à raison de 300 000 francs sur trois ans.
Car c’est de bien plus que Xigen aura besoin: durant les deux prochaines années, la start-up va entretenir un laboratoire de six à huit personnes afin de superviser les phases de tests cliniques.
Coût de l’opération: dix millions de francs. «Nous en avons déjà trouvé quatre, explique Christophe Bonny. Et nos discussions sont suffisamment avancées avec assez d’investisseurs potentiels pour que nous n’ayons pas réellement de soucis à nous faire».
En effet, malgré une certaine frilosité post-11 septembre – que le biologiste lausannois qualifie joliment de «syndrome de la main qui tremble», – le potentiel commercial de Xigen a de quoi convaincre les plus réticents.
Cinq brevets
Pour l’heure, la start-up entend se concentrer sur la lutte contre la surdité. Et ce seul créneau suffirait largement à assurer son avenir.
«Nous ne nous occuperons pas de la fabrication, elle sera sous-traitée», prévoit déjà Christophe Bonny. L’ab1 et son transporteur sont en effet des produits avantageux et faciles à synthétiser.
Dans une protéine qui ne compte pas moins de 700 acides aminés, les chercheurs lausannois sont parvenus à isoler les sept composantes de base qui servent à empêcher les cellules de s’auto-détruire.
Déjà protégées par cinq brevets, leurs trouvailles semblent donc promises à un brillant avenir.
swissinfo/Marc-André Miserez
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