Aujourd’hui en Suisse
Chères lectrices, chers lecteurs,
Ce dimanche, les horloges avanceront d’une heure en Europe. Nous perdrons alors une heure de sommeil, mais aujourd’hui, nous avons encore une journée entière d’actualité à couvrir.
Les nouvelles du jour mettent en lumière des critiques visant certaines faiblesses des institutions suisses: un code de conduite pour la récolte de signatures est critiqué pour son caractère volontaire; Guy Parmelin estime que la flexibilité du service civil affaiblit l’armée suisse; et les autorités pourraient avoir failli dans l’affaire du lait infantile contaminé.
Un sujet, toutefois, reste solide: l’attachement de la Suisse à l’Aromat, qui pourrait bientôt ne plus être entre des mains helvétiques.
Bonne lecture!
Pour lutter contre la collecte frauduleuse de signatures, la Chancellerie fédérale a lancé un nouveau code de conduite volontaire destiné aux campagnes de référendums et d’initiatives. Problème: la démarche est accueillie avec scepticisme.
En 2024, les signalements de signatures potentiellement falsifiées s’étaient multipliés, et une enquête des journaux de Tamedia avait révélé l’ampleur du problème. Hier, la Chancellerie fédérale a donc présenté un code de conduite à l’intention des comités d’initiatives et de référendums, des organisations chargées de la récolte de signatures, des partis politiques et des groupes d’intérêts.
Bien que le code n’inclue pas les mesures réclamées, comme l’interdiction de la récolte commerciale, il précise que les personnes chargées de collecter des signatures devraient être rémunérées à l’heure plutôt qu’à la pièce. Les critiques estiment toutefois que le caractère volontaire et non contraignant du code en fait un «tigre de papier». Les organisations soupçonnées d’infractions ont peu de chances de se conformer à un cadre non obligatoire, même si elles ont participé à son élaboration, écrivent les journaux de Tamedia.
Depuis l’éclatement du scandale, la Chancellerie fédérale affirme n’avoir trouvé pratiquement aucune autre falsification. Toutefois, la plupart des pétitions contrôlées avaient été soumises volontairement pour vérification. Le code n’est donc guère plus qu’une tentative timorée de s’attaquer à un problème que le Parlement n’a pas voulu traiter, écrit Der Bund.
La Chancellerie fédérale attribue la responsabilité aux milieux concernés, estimant que si les comités appliquent les normes, l’intégrité de la récolte de signatures s’en trouvera renforcée.
Selon le Conseil fédéral, le service civil, qui représente une alternative au service militaire obligatoire, est trop attractif. Le gouvernement cherche désormais à en restreindre l’accès et à en réduire la flexibilité.
En 2025, le service civil a enregistré un record de 7211 demandes. Environ un tiers des candidats avaient déjà accompli une partie de leur service militaire. Les partisans d’un durcissement des règles estiment que ces transferts de l’armée vers le service civil aggravent les pénuries de personnel dans l’armée. Plus de 60’000 personnes aptes au service militaire sont actuellement affectées au service civil.
Pour Guy Parmelin, le service civil «n’est pas une alternative» au service militaire. Même s’il reste garanti, le service civil doit rester «une exception à la règle», a relevé le président de la Confédération qui a présenté devant les médias les arguments du gouvernement en faveur d’un durcissement des conditions d’admission, en vue de la votation fédérale du 14 juin.
Le Conseil fédéral veut limiter l’attrait du service civil en bloquant l’accès aux militaires ayant terminé leur instruction, en imposant au moins 150 jours de service, soit 1,5 fois la durée du service militaire, et en obligeant les civilistes à effectuer une part de leurs jours chaque année. Il prévoit aussi l’obligation d’une affectation longue dès l’année d’admission et l’interdiction de certaines missions liées aux études médicales.
La Suisse s’est montrée nettement plus passive que d’autres pays européens face aux laits infantiles contaminés. Alors que plusieurs États avaient déjà lancé des rappels dès décembre, les autorités suisses se sont d’abord contentées des assurances fournies par Nestlé et n’ont effectué aucune vérification en rayon. Les premiers rappels en Suisse n’ont été déclenchés qu’en janvier, à l’initiative des fabricants eux‑mêmes.
Faute d’obligation de déclaration, seuls 34 cas de nourrissons malades ont été signalés aux autorités, presque tous par des parents. Les pédiatres et hôpitaux n’ont pratiquement rien transmis, empêchant tout suivi sanitaire fiable et rendant impossible d’estimer combien d’enfants ont réellement été touchés.
L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires a pu analyser quelques boîtes récupérées auprès de familles: plusieurs contenaient bien de la céréulide, notamment des produits Aptamil. En revanche, contrairement à la France ou à la Belgique, aucune analyse de selles n’a été réalisée en Suisse, , ce qui empêche d’établir un lien clair entre les symptômes et les produits contaminés.
L’Office fédéral de la santé publique n’a proposé des analyses de selles qu’à partir du 11 février, et uniquement pour les cas graves, invoquant le coût, la complexité et l’absence de laboratoire suisse capable d’effectuer ces tests. Le manque de coordination entre l’OFSP, l’OSAV et les autorités cantonales a aggravé la situation, laissant la Suisse dans une «boîte noire» où l’ampleur réelle de l’affaire et la responsabilité des fabricants risquent de rester indéterminées.
Rien n’est aussi controversé dans ma famille que l’Aromat. Les membres de ma famille proche adorent cet assaisonnement doré, mais les partenaires qui ont épousé quelqu’un de la famille Andrist sont nettement moins enthousiastes. Une chose est toutefois certaine: l’Aromat est un produit typiquement suisse – du moins pour l’instant.
Unilever, qui possède Aromat dans son portefeuille de marques, prévoit de vendre sa division alimentaire. Parmi les acheteurs potentiels figure l’entreprise américaine McCormick & Company.
Le quotidien 20 Minuten s’est penché sur les conséquences possibles. Aromat est actuellement produit à Thayngen, dans le canton de Schaffhouse. Un changement de propriétaire pourrait‑il entraîner un transfert de la production à l’étranger?
Un déplacement rapide paraît peu probable, car «des changements précipités entraîneraient d’importants risques opérationnels, réglementaires et réputationnels», expliquent les experts de l’Université de Saint‑Gall, Xena Welch Guerra et Tomi Laamanen.
À plus long terme, cependant, une vente à une société comme McCormick pourrait accroître la pression pour regrouper les sites de production et les chaînes d’approvisionnement, ce qui pourrait toucher la Suisse. Une autre option serait de vendre Aromat comme marque indépendante à une entreprise suisse, mais les experts interrogés par 20 Minuten jugent ce scénario plus complexe et donc improbable.
Texte traduit de l’anglais/op
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