La semaine en Suisse
Chères lectrices, chers lecteurs,
L’actualité suisse de la semaine écoulée a été marquée par la politique, avec une session spéciale du Conseil national qui a notamment permis de faire avancer un dossier vieux de plusieurs décennies. L’éthique s’est également invitée dans l’actualité politique de la semaine avec les mésaventures d’une politicienne verte.
Côté économie, on a commencé à reparler du retour des fameux taux d’intérêt négatifs.
Bonne lecture!
Réuni dans le cadre d’une session spéciale de trois jours, le Conseil national a accepté l’idée d’une imposition individuelle des couples mariés. C’est un pas en avant pour un dossier qui occupe la politique suisse depuis un bon quart de siècle.
En Suisse, le taux d’imposition s’élève à mesure que les revenus augmentent. Cette progression pénalise les couples mariés, car un couple avec un revenu total de 120’000 francs paye par exemple plus d’impôts que deux conjoints non mariés gagnant respectivement 80’000 et 40’000 francs. En1984 déjà, le Tribunal fédéral avait jugé cette situation discriminatoire, mais aucune solution n’a jamais été trouvée.
Mais la situation pourrait se débloquer. Le Conseil national a accepté une initiative populaire des femmes PLR qui demande l’instauration d’une taxation individuelle des couples mariés, ainsi que le contre-projet a cette initiative qui va dans le même sens. L’idée d’une taxation individuelle a passé la rampe à une très courte majorité, grâce à une alliance assez inédite entre la droite libérale et la gauche.
Ce n’est pas la fin de l’histoire pour autant. Le dossier doit maintenant repasser au Conseil des États et la résistance est forte du côté de la droite conservatrice et du Centre, qui estiment que l’imposition individuelle telle que proposée défavoriserait les «familles traditionnelles» où le revenu du ménage est assuré par un seul conjoint.
Depuis les mésaventures du conseiller d’État genevois Pierre Maudet, on sait que des vacances dans les pays du Golfe peuvent être préjudiciables à certains membres des gouvernements cantonaux. Cette semaine, une nouvelle polémique a émergé dans les médias: elle concerne la sénatrice écologiste Céline Vara qui a été élue récemment au gouvernement du canton de Neuchâtel.
Le Blick a révélé qu’après son élection, Céline Vara avait passé des vacances avec son conjoint et leurs deux enfants dans une station balnéaire de luxe à Oman. Il n’y a certes rien de répréhensible dans ce voyage. Mais un voyage de plus de 5000 km en avion vers un pays pas spécialement connu pour sa démocratie, cela fait un peu tache pour la représentante d’un parti qui fait de la défense du climat et de la démocratie son fonds de commerce.
Cette histoire est un peu anecdotique, mais elle a été largement reprise et commentée dans différents médias du pays. Il a notamment beaucoup été question du devoir d’exemplarité de la classe politique.
Céline Vara s’est d’abord murée dans le silence, invoquant une «affaire privée». Face à la polémique, elle a finalement pris la parole dans le média de l’arc jurassien Arcinfo. La future conseillère d’État – elle entrera en fonction le 1er juin – a indiqué n’avoir jamais fait mystère de ce voyage qui était un projet familial prévu de longue date pour observer les tortues marines et la faune. L’élue, qui a précisé prendre rarement l’avion, a simplement concédé avoir peut-être péché par naïveté et a dénoncé au passage un «coup bas médiatique et politique».
On associe souvent la pollution des véhicules aux émissions provenant de leur système de propulsion. Mais on oublie bien souvent la pollution due à l’abrasion de leurs pneus. Pourtant cette pollution existe bel et bien et peut même se retrouver dans notre alimentation, indique une étude.
Des traces d’additifs utilisés dans la fabrication des pneus ont été détectées dans toutes les catégories de fruits et de légumes les plus couramment consommés en Suisse. Cette constatation a été faite par une étude conjointe de l’École polytechnique fédérale de Lausanne et de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires.
Il est pratiquement impossible d’échapper à cette pollution. Les résidus de pneus entrent dans la catégorique des micropolluants et se dispersent loin à la ronde, même dans des zones où le trafic routier est modéré, voire inexistant.
Reste la question cruciale de l’effet de cette pollution sur la santé humaine. Pour l’heure, il est trop tôt pour le dire. Des études complémentaires doivent être réalisées pour déterminer notamment comment ces molécules sont synthétisées dans le corps humain. Mais le danger est réel: de précédentes études réalisées sur des rongeurs montrent une baisse de la fertilité chez les mâles.
L’incertitude économique liée à la politique américaine en matière de droits de douane pèse non seulement sur l’économie mondiale, mais également sur la politique monétaire suisse. Avec pour conséquence le retour possible d’un concept pourtant récemment abandonné: le taux d’intérêt négatif.
Rassurez-vous, il n’y a pas besoin d’une formation d’économiste pour comprendre l’évolution en cours. Les incertitudes économiques actuelles font monter la valeur du franc suisse, qui joue traditionnellement un rôle de valeur refuge. Depuis le début de l’année, le franc s’est ainsi apprécié de près de 9% face au dollar. À son tour, un franc fort provoque une baisse de l’inflation. Celle-ci est tombée à 0% sur un an en avril, soit le taux le plus bas depuis quatre ans.
Dans de telles conditions, la Banque nationale suisse songe donc à abaisser encore son taux directeur, pourtant actuellement de seulement 0,25%. «En cas de besoin, nous sommes disposés à réfléchir à la réintroduction d’un taux zéro, voire d’une politique de taux négatifs», a souligné mardi son président Martin Schlegel.
Avec des taux d’intérêt négatifs, l’argent mis en dépôt perd de la valeur, puisqu’il faut payer pour que la banque le garde. Cela incite donc à injecter cet argent dans l’économie, plutôt que de le laisser sommeiller. Autre avantage, les taux négatifs rendent le franc suisse moins attractif aux yeux des investisseurs étrangers. La BNS avait déjà eu recours à cette stratégie du taux négatif en 2015 avant de l’abandonner en septembre 2022.
C’est assez inhabituel, mais la Suisse sera au centre de l’attention des médias internationaux au cours de la semaine à venir. Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent sera à Genève ce week-end, où il discutera avec une délégation chinoise. Les relations entre les deux pays sont actuellement tendues en raison de l’instauration de droits de douane réciproques très élevés.
Dans un registre plus léger, la ville de Bâle sera sous le feu des projecteurs. C’est en effet dans la cité rhénane qu’a lieu le Concours eurovision de la chanson (ESC). La cérémonie d’ouverture aura lieu dimanche et la finale se déroulera le samedi 17 mai.
Outre l’ESC, la semaine à venir est largement placée sous le signe de la culture et des traditions, avec notamment la finale nationale des combats de la vache d’Hérens dimanche et l’attribution du Grand Prix suisse de musique jeudi par l’Office fédéral de la culture. À signaler que jeudi sera aussi la journée officielle du 150e anniversaire du Tribunal fédéral.
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative