Berne aime la danse
Le festival Sexchangesex fait un tabac. Mercredi soir, la Turbinensaal de la Dampfzentrale était à nouveau pleine à craquer (plus de 450 personnes) pour le spectacle envoûtant «Red Hot» de la compagnie Mark Sieckarek sur le sida.
Des gravures de gymnastes grecques pour décor. Avec, de chaque côté, des colliers de coquillages tombant lourdement sur le sol. Tout est en rouge et noir. Rouge comme le sang. Noir comme la mort.
Lascivement, deux hommes s’échangent des caresses et leur oreiller de paresse. Rouge de sperme. Rouge du syndrome d’immunodéficience acquise.
Sur des toiles sonores de Massiv Attack, Mad Professor et le tube de Cole Porter interprété par Neneh Cherry «I’ve got under my skin», huit danseuses et danseurs composent tour à tour des couples hétéros et homosexuels. Beaux comme des dieux et des déesses grecs.
Grand est le souci esthétique du chorégraphe écossais Mark Sieczkarek, confronté brutalement au sida par le décès de son partenaire en 1994. Cela se sent, cela se voit qu’il a jadis travaillé chez Pina Bausch, une référence dans le milieu.
Durant les deux tiers du spectacle, on est porté, fasciné par les vagues endiablées de la chorégraphie des huit protagonistes. Gestes rapides et saccadés alternent avec mouvements amples et déliés. Plus expressifs et sensuels les uns que les autres.
«L’homosexualité doit être présentée de façon positive, sans blesser le public», déclare Mark Sieczkarek qui, après un premier passage en Berne, est revenu, cette année, aux Tanztage avec sa propre compagnie danser le sida.
Toutefois, trois tableaux amoindrissent le très haut niveau de ce spectacle mené sur les chapeaux de roue. Le tango masculin, le slow en pyjama et le tableau sado-maso. Des séquences qui se voulaient langoureuses mais qui tombèrent dans le grotesque et l’insipide. Elles auraient pu, elles auraient dû être beaucoup mieux exploitées.
Heureusement que la fin reprend, comme une litanie, la pluie de mouvements du début. Avec cette belle qui parcourt sur les pointes (beau bagage pour une danseuse contemporaine) et de manière obsessionnelle la scène en demi-cercle.
Il est à signaler que le titre du spectacle est tiré de l’organisation américaine de prévention du sida «Red Hot». Emu, Mark Sieczkarek est venu saluer le public bernois.
Sinon, le festival se poursuit jusqu’au dimanche 10 septembre. Avec, on ne le répétera jamais assez, la venue mardi et mercredi de la superbe compagnie genevoise Alias dans son nouveau spectacle christique «Mr Winter».
Emmanuel Manzi
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