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Les musées, lieux de culture ou cimetières?

Ballenberg, le musée de l'habitat rural, a enregistré cet été son 7 millionième visiteur. Keystone Archive

En Suisse, le nombre de musées de tous genres a triplé en 40 ans pour atteindre presque le millier.

La Confédération en a entamé l’inventaire afin d’y voir plus clair et de pouvoir amorcer une stratégie muséale plus globale et cohérente.

«Toute ma vie, j’ai collectionné des objets en hommage à l’ingéniosité de l’homme qui, au 19e siècle, a inventé des machines pour se faciliter la vie de tous les jours.»

Edouard Wassmer a créé à Fribourg le Musée de la machine à coudre et de l’insolite. Il présente aussi des fers à repasser, des aspirateurs mécaniques, la première machine à laver Miele en bois, des pinces de dentistes et d’autres objets oubliés.

Et après? Edouard Wassmer n’a pas de solution. «Le musée est privé et c’est moi qui éponge les déficits. Mais si ce patrimoine disparaît, c’est une époque qui disparaît.»

«Chaque village a son musée»

C’est un exemple parmi… presque 1000 musées que compte la Suisse. Au point que le parlement a demandé un état des lieux avant d’aborder la nouvelle loi fédérale dans ce domaine. Cet été encore, Pascal Couchepin, chef du département fédéral de l’Intérieur, a exprimé un certain souci.

«Chaque village a son musée et si un passionné s’en occupe, cela ne pose pas de problème.» Mais le jour où la personne en question n’est plus en mesure de s’en occuper, «ce n’est pas à l’Etat d’en supporter la charge», a estimé le ministre de la Culture.

Mais la situation est également peu claire au sein même de la Confédération, qui possède 15 musées, en soutient 8 d’importance nationale (par exemple le Musée suisse des transports à Lucerne), et aide 58 musées de manière ponctuelle. L’Office fédéral de la culture (OFC) a d’ailleurs eu du mal à les recenser, car ils ne dépendent pas tous de lui!

Pour le reste, outre les privés, les musées relèvent des cantons et surtout des communes. Pour Jacques Hainard, conservateur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel, le problème n’est pas qu’il y a trop de musées, «mais que la politique est mal orientée: on n’a plus les moyens de les financer, ni de les rendre performants.»

En ces temps de finances limitées, les collectivités publiques sont souvent trop endettées pour financer la culture et des musées qui, même prestigieux, coûtent cher et ne rapportent rien.

Mettre les choses à plat

Jean-Frédéric Jauslin, nouveau directeur de l’Office fédéral de la culture (OFC), a été mandaté pour revoir la politiques des musées de la Confédération, mais aussi des besoins, des attentes des intéressés. Sans oublier la problématique des cantons, des communes et des particuliers.

«Il ne s’agit pas d’expliquer aux cantons et aux communes ce qu’ils doivent faire, ni de mettre de l’ordre dans les musées suisses, mais de faire un constat de la situation pour définir le rôle de la Confédération. Il faut commencer par tout mettre à plat pour avoir une vision claire et esquisser des pistes», précise-t-il à swissinfo.

En commençant par appliquer les critères qui sont reconnus au plan international, déterminants pour la survie des musées.

«Il faudrait concentrer les efforts sur les musées qui ont une histoire, qui possèdent des collections importantes, qui font de la recherche et réalisent des publications, qui réfléchissent sur des problèmes contemporains et captent le public.» C’est la recette de Jaques Hainard.

Que faut-il conserver?

Que faut-il conserver? Des objets industriels? Des instruments de la vie quotidienne? Qu’est-ce que le patrimoine national?

Personne ne conteste qu’il faut garder objets et archives, mais pourquoi les empiler dans les caves des musées? Les collections peuvent très bien, selon Jacques Hainard, être stockée ailleurs, dans des entrepôts. Quitte à ressortir certains objets pour une exposition donnée et les montrer alors au grand public.

«Aujourd’hui, il s’agit de relire ces contenus, ces archives et ces objets pour les replacer dans le présent», d’en faire une sorte de mode d’emploi pour comprendre l’actualité, explique le conservateur neuchâtelois.

C’est ce que Jean-Frédéric Jauslin appelle la «mémopolitique», ou politique de la mémoire. «On sait qu’un pays doit avoir une mémoire pour construire son avenir. Pendant longtemps, on a tout gardé mais c’est devenu impossible.»

Or, si l’on admet que la définition de ce qui fait la mémoire nationale évolue au cours du temps, «on est en opposition avec les musées, l’Etat n’a pas le droit de se séparer de ses biens culturels», ajoute le patron de l’OFC.

Répartir les tâches

Pour Jacques Hainard, il faut revoir la répartition des tâches. La Confédération et les cantons pourraient assumer les tâches d’acquisition et de conservation du patrimoine, laissant aux communes et aux privés le soin de mettre en valeur les collections par des expositions et des publications.

Jean-Frédéric Jauslin reste prudent. «L’idée est très intéressante, mais il est difficile de dissocier la fonction d’acquisition/conservation et celle de mise en valeur qu’un musée exerce traditionnellement.»

Pour l’instant, l’important est de s’informer des attentes des intéressés, de dialoguer ou même de créer des réseaux. «Si la Confédération propose une politique muséale cohérente, cela ne peut qu’inciter les cantons à faire de même.»

En octobre, il rendra son rapport à la commission parlementaire de la science, de l’éducation et de la culture, qui doit décider de la forme juridique à donner au musée national.

swissinfo, Isabelle Eichenberger

L’Association des musées suisses (AMS) compte 642 membres (628 en 2004), dont 530 (529) musées. A sa création en 1966, elle en comptait 340.
Sur les quelque 950 musées suisses, la Confédération en possède 15, dont le Musée national suisse et ses 7 établissements.
L’Office fédéral de la Culture en soutient régulièrement 8 et apporte des aides ponctuelles à 58 autres.
Il consacre au total 35 millions de francs par an aux musées.

L’AMS comme l’OFC se réfèrent à la définition du musée émise par le Conseil International des Musées (ICOM):

Le musée est une institution permanente, sans but lucratif, au service de la société et de son développement, ouverte au public et qui fait des recherches concernant les témoins matériels de l’homme et de son environnement, acquiert ceux-là, les conserve, les communique et notamment les expose à des fins d’études, d’éducation et de délectation.

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