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Les vertiges de la vie

«Cinq vivants pour un seul mort», détail de la couverture.

(swissinfo.ch)

La Valaisanne Catherine Lovey publie «Cinq vivants pour un seul mort», un roman à la fois fort et déstabilisant. L'écrivain Rolf Kesselring l'a lu pour swissinfo.

J'ai toujours trouvé curieux, en ouvrant un livre, de découvrir des êtres qui pourraient être de ma famille, hanter ma solitude, vibrer des mêmes vertiges que ceux qui taraudent et tourmentent mon esprit.

Je sais que jamais je n'écrirai comme Catherine Lovey, mais j'aurai toujours cette même lucidité, cette acuité à fleur de peau, à propos de l'abîme que nous longeons tous, simplement en vivant.

Catherine Lovey est née en Valais, tout comme moi. Elle est journaliste, moi non plus. Elle est criminologue aussi, moi je me sens plus proche de l'autre versant; sans doute une conséquence des choses de la vie. C'est un auteur (désolé, je n'arrive pas à l'écrire au féminin). Oui, j'en suis sûr, maintenant, je n'écrirai jamais comme elle.

La mort d'un seul

Il s'agit d'un deuxième ouvrage. Le titre m'a interpellé. Pensez: «Cinq vivants pour un seul mort» paru récemment aux Éditions Zoé, à Genève. Le premier, je l'avais lu par hasard. Je m'étais dit: c'est une sorte de polar, c'est prometteur, auteur à suivre.

Le second je l'ai exploré par volonté. Curieux ouvrage! Une intrigue squelettique pour ne pas dire pulvérisée, une écriture pleine et sensuelle, à la frontière de l'ironie, ce texte avait tout pour me fasciner, m'entraîner, m'enthousiasmer, mais, peu à peu, je me suis perdu dans un va et vient déroutant.

Au fond de moi, subsistait pourtant la conscience d'un rythme au tempo changeant, d'une atmosphère particulière. Ce mélange étrange m'a envahi. Habileté d'auteur? Jeu pour une technique d'écriture en devenir? Volupté de se jouer du lecteur ou simple arrogance d'intellectuelle? Maîtrise d'un état littéraire second? Bien malin qui pourra me l'expliquer.

Le meilleur ami

Et puis, est-ce que je désire vraiment qu'on me l'explique?...

L'histoire commence pourtant d'une manière claire. On découvre, au travers de Jean qu'un homme s'est suicidé en se jetant dans le vide alors qu'il visitait un appartement. Jean, son meilleur ami est incapable de comprendre son geste.

On est en octobre, cet appartement vide, et désormais désert, sans vie, hante son esprit. Markus s'est suicidé et restent les vivants. Désemparés.

Jean se passe et se repasse le film, scène par scène, tentant d'expliquer non seulement le geste de son ami Markus Festinovich, mais aussi tout ce qui va advenir de la vie de ceux qui demeurent. Il pressent sans doute les répercussions fantastiques que peut provoquer la disparition d'un seul, sur l'existence des autres, surtout si elle est soudaine et inattendue.

C'est sans doute le même sentiment qui faisait écrire à Henri Roorda, injustement qualifié d'auteur «léger», dans son ultime ouvrage avant qu'il ne se tire une balle dans la tête: «Dieu fasse que la détonation ne retentisse pas trop fort dans le cœur d'un être sensible».

Le désarroi des vivants

«Plus tu te tais et plus je t'entends», lui dit sa femme. Jean ne répond pas. Il sait qu'elle a parfaitement raison, que parler, argumenter, ne sert de rien. Son désarroi est total. Il n'a d'égal que celui des autres personnage de l'entourage qui peu à peu apparaissent. Tels qu'ils sont. En pleine clarté. Atrocement exposés à la lumière cruelle de cette vie qu'il faut bien continuer.

Et c'est là tout le sujet. Chez Jean l'incompréhension devient une obsession. Il veut comprendre. Il entame une enquête qui va le mener beaucoup plus loin qu'il ne le pensait. Son besoin d'explication crée, chez lui, une véritable psychose.

Tout en lisant, je pensais à Charles Morgan qui écrivait, à ce propos, que la folie et la raison sont deux cercles qui tournent vertigineusement sur deux centres parallèles, voisins, et qui, quelquefois, se referment sur le même. C'est un peu le sentiment que j'ai eu en lisant ce livre.

Jean poursuivra son enquête sur la mort de Markus Festinovitch, au point de découvrir les vivants. Il ira jusqu'en Finlande, rencontrera Aïda, mais l'histoire en restera là, puis le frère de son ami, un curieux personnage qui vit avec sa petite fille. Cette rencontre bouleversera la vie de Jean dans ce pays aux confins de l'Europe. Il n'y aura ni explication ni solution. Sa femme Marion, Gabriella, Aïda, Peter, apparaissent, puis s'effacent.

Pas de fin heureuse ou non, rien qu'une ambiguïté totale, obsédante. Le lecteur pourra prolonger ce roman qui ne donne aucune clarté sur le geste de l'ami Markus, mais révèle les vivants et les détoure comme avec un scalpel.

Catherine Lovey est un auteur déroutant. J'ai failli jeter son roman à la corbeille et, à chaque fois, je l'ai repris. Intrigué, fasciné, je trouvais que, par moments, l'histoire était une histoire policière, et, à d'autres, que l'on frisait la vaniteuse volonté d'être «littéraire» à tout prix.

L'ouvrage refermé, rangé sur une étagère, je ne parviens pas à m'en départir. Des scènes, des phrases, des mots, une atmosphère, occupent encore mon esprit. Atmosphère ai-je écrit, oui c'est ça, une atmosphère! Ce livre a vraiment une gueule d'atmosphère.

swissinfo, Rolf Kesselring

Catherine Lovey

Elle est né en Valais en 1967.

Journaliste, elle s'est spécialisée en criminologie.

Deux romans à son actif: «L'homme interdit» (2005) et «Cinq vivants pour un seul mort» (2008), tous deux aux Editions Zoé.

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