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Lucile Hadzihalilovic, entre innocence et violence

Lucile Hadzihalilovic et la pluie neuchâteloise.

(swissinfo.ch)

C'est la réalisatrice Lucile Hadzihalilovic qui préside le jury de la compétition international du 7ème Festival du film fantastique de Neuchâtel.

Lucile Hadzihalilovic qui, en 2005, avait remporté le Prix HR Giger du meilleur film pour «Innocence», une œuvre aussi étrange que sensible.

En 2005, l'«Innocence» de Lucile Hadzihalilovic mettait KO les vampires et autres morts-vivants du NIFFF en empochant le prix le plus prestigieux du festival.

«Innocence», un film fort dont on sort difficilement. Une plongée dans un étrange pensionnat de petites filles, un monde clos et décalé, chaste et pervers, attachant et oppressant à la fois.

Deux ans plus tard, Lucile Hadzihalilovic est de retour à Neuchâtel, en tant que présidente du jury de la compétition internationale. Rencontre.

swissinfo: Premières impressions de ce nouveau séjour neuchâtelois...

Lucile Hadzihalilovic: Je suis ravie d'être à nouveau ici et c'est très bien qu'il pleuve: comme ça, on n'est pas tenté d'aller se baigner dans le lac!

swissinfo: En 2005, «Innocence» remporte le 1er Prix du NIFFF... Un prix, c'est un hochet ou une vraie récompense?

L.H.: Je crois que c'est une vraie récompense. Surtout quand on fait un film comme le mien, qui n'a pas eu une carrière commerciale très brillante. On se dit qu'il y a vraiment des gens qui l'apprécient... En plus, c'est Nicolas Roeg [réalisateur britannique qui a signé 'Performance', 'The Man Who Fell To Earth', 'Bad Timing', ndlr] qui m'a donné le prix, alors j'étais vraiment fière!

swissinfo: Cette année, vous vous retrouvez dans la peau de la présidente du jury. Comment percevez-vous votre rôle? Et qu'attendez-vous d'un film?

L.H.: D'abord, j'ai refusé, parce que je trouve un peu embarrassant de juger les autres. Et puis je me suis dit que c'est bien que des prix existent, parce que ça aide les gens qui les reçoivent...

J'attends des films qu'ils me transportent ailleurs. Ou qu'ils me fassent éprouver des choses. Pour moi, le cinéma relève souvent 'des tripes', que ce soit au niveau de la réflexion ou de l'émotion. Ce qui est génial, c'est, sur cinq jours, de voir une vingtaine de films. C'est très excitant, cela apporte des sensations, des idées qui font boule de neige...

swissinfo: Avec «Innocence», vous étiez très loin de la production tendance morts-vivants! Quel rapport avez-vous à la violence 'dure' qu'on peut voir parfois ici ? Rappelons en passant que vous êtes la compagne de Gaspar Noé, qui avait réalisé le très controversé «Irréversible»...

L.H.: La violence au cinéma peut être très cathartique. C'est bien de gratter là où ça fait mal, là où ça fait peur, là où ça fait rire. Ensuite, il y a plein de types de violence. Des violences dérangeantes, qui mettent mal à l'aise. Et des violences très graphiques, qui sont une sorte de plaisir, parce qu'on est tous un peu sadiques. Or moi, cela ne m'arrive pas d'être sadique dans la vie. Donc au cinéma, cela évacue des choses, cela soulage...

swissinfo: Il y a quelques années, Gaspar Noé réalisait «Irréversible» et vous, parallèlement, vous travailliez à «Innocence», un film qui en est l'antithèse. Etonnant!

L.H.: Je pense qu'il y a des points de rencontre, notamment dans une forme de stylisation de la réalité. Ce ne sont pas des films naturalistes. On a des références et des goûts communs. Après, on a chacun une approche différente. Moi, j'ai de la peine à passer aux actes, à libérer les choses, c'est plus mental, plus retenu. Cela se reflète dans nos façons de faire des films. Et le fait qu'on travaille de façon très différente est plutôt stimulant!

swissinfo: Deux ans après avoir vu «Innocence», j'aurais beaucoup de difficulté à en faire un résumé. Mais je me souviens très précisément d'un climat, d'une ambiance...

L.H.: Effectivement, ce qui m'a vraiment intéressé quand j'ai lu la nouvelle originale, c'était le climat. Je me disais que le climat racontait autant qu'une narration, qu'une dramaturgie normale... C'est une démarche qui est plus proche des arts plastiques que du cinéma narratif.

swissinfo: Vous évoquiez le peu de succès du film en salle. Manque d'adhésion du public, mauvaise distribution?

L.H.: Le problème en France, c'est qu'il y a énormément de films qui sortent, parfois jusqu'à quinze par semaines, et certains bénéficient de beaucoup de copies. Donc pour les autres, il y a un vrai problème d'exploitation, le bouche à oreille n'a même pas le temps de fonctionner. Alors qu'au Japon, par exemple, on a l'impression qu'ils sortent chaque film comme un petit événement, même si ce n'est pas un film commercial.

Donc oui, il y a eu un problème de distribution. Et puis, j'ai bien conscience que ce n'est pas un film qui peut plaire à tout le monde...

swissinfo: Vous avez un projet en cours?

L.H.: J'ai écrit un scénario, on est dans la phase de financement. J'espère tourner l'été prochain. C'est plus un film de genre, avec une ambiance importante, mais d'avantage d'histoire et d'action. De la science-fiction en l'occurrence.

swissinfo: Quelles sont les erreurs que vous avez pu faire jusqu'à maintenant que vous ne referez pas sur celui-ci?

L.H.: Ce qui est justement difficile, c'est de ne pas refaire ses erreurs... Je pense que je me suis trop investie dans «Innocence», raison pour laquelle j'ai eu de la peine à en sortir. Son 2e film, on le prend peut-être moins comme 'l'œuvre ultime'! La plus grosse difficulté, c'est peut-être ça, avoir un peu de distance. Et après, il y a plein d'autres problèmes, mais plus anecdotiques...

Interview swissinfo, Bernard Léchot à Neuchâtel

Lucile Hadzihalilovic

Née en 1961 à Lyon, elle passe son enfance et son adolescence au Maroc, et débarque en France à 17 ans.

Formation cinématographique à l'IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques, prédecesseur de la Fémis), où elle rencontre le cinéaste Gaspar Noé. Elle fonde avec lui la société «Cinémas de la Zone».

1995: moyen-métrage «La Bouche de Jean-Pierre»

1998: court-métrage «Good Boys Use Condoms»

Alors que Gaspar Noé connaît la célébrité et le scandale avec «Irréversible», Lucile Hadzihalilovic réalise «Innocence», qui paraît en 2005 et reçoit plusieurs prix, dont le Premier prix de la compétition internationale du NIFFF.

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7ème NIFFF

Pour la 1ère fois, le NIFFF propose chaque soir une projection en plein air (si la météo le permet).

Sinon, le programme est composé de quatre compétitions:
- Compétition internationale
- Compétition asiatique
- Courts-métrages suisses
- Courts-métrages européens

de deux rétrospectives:
- «O-Oh», films fantastiques tournés en 3 dimensions
- La nouvelle vague sud-coréenne

de deux rencontres-débats (6.7)
- La musique et le cinéma fantastique
- Les liens entre cinéma fantastique et politique (avec notamment Nicolas Bideau)

et d'un symposium de deux jours ('Imagine the future') sur l'image contemporaine après 25 années d'expériences dans le domaine de la synthèse, en collaboration avec la Maison d'Ailleurs à Yverdon-les-bains et le Musée d'ethnographie de Neuchâtel.

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