Pas de frayeur pour «Big Shoot»
A Genève, la metteuse en scène romande Sandra Amodio crée la pièce de l'Ivoirien Koffi Kwahulé
Son spectacle transforme en farce une comédie du crime aux accents ironiques et violents.
Ils sont venus pour entendre «The big shoot». Ils, ce sont les spectateurs que ce fou de bourreau interpelle dans la pénombre de la scène, tout en sommant sa victime, un certain Stan, de bien se tenir. C’est à dire de bien jouer son rôle de prétendu criminel livré à la vindicte du public.
Poussé par la vanité et l’ennui, le bourreau veut revaloriser sa propre image défaite par sa vie misérabiliste. Pour cela, il a besoin d’un outil. Avec Stan, il tient un os. Il a compris que l’accusé est un bon client qui lui permettrait, à lui tortionnaire, de mesurer son importance. Mieux, d’étaler ses états d’âme.
Nous voilà donc dans le registre de l’exhibitionnisme. Avec, d’un côté, le bourreau qui s’exhibe (au sens propre et figuré), passant de l’interrogatoire policier au dévoilement intime. Et de l’autre côté, le public témoin de cette exhibition.
Une farce africano-neuchâteloise
Drôle de texte que ce «Big Shoot», oeuvre de l’Ivoirien Koffi Kwahulé que la Neuchâteloise Sandra Amodio crée à Genève. L’auteur déjoue les procédés du reality-show, s’en amuse. Puis soudainement, vire au sérieux multipliant les allers-retours entre le politique et l’intime, le film noir et la littérature théâtrale.
On est ici face à la pièce comme face à quelqu’un dont on pressent qu’il a des choses essentielles à dire sur notre époque, mais qu’il risque de se braquer si on le brusque.
C’est ce qui arrive dans le spectacle. «Big Shoot» est une comédie du crime, avec tout ce que cette notion introduit comme critique sociale. Sandra Amodio en fait une farce. Elle braque ainsi le texte et une bonne partie du public, d’abord dérouté puis carrément exclu d’une partition inaudible.
Oui inaudible, car les acteurs (Fabien Ballif et Antoine Richard) portent des masques qui représentent une tête de cochon, sous laquelle ils sont à la peine. La parole de Koffi Kwahulé reste prisonnière d’un zoo, coupée de ce qui devrait la nourrir.
Les sensations et les mots taillés dans la violence se fracassent ainsi contre le grotesque. La metteuse en scène et ses comédiens désamorcent la fureur et l’ironie, enlevant à la pièce toute sa sève.
swissinfo, Ghania Adamo
«Big Shoot», Genève, Théâtre du Grütli; jusqu’au 25 mai.
Tel: 022/328 98 78
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