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Points d’interrogation ou certitudes?

L'origine de l'univers... autant de questions que de galaxies. hubertreeves.info

C'est la question des origines et de l'identité que les organisateurs du premier Festival francophone de Philosophie ont choisi comme thème central.

Genèse et Big Bang… Des représentants des religions catholique, protestante, judaïque et du monde scientifique se sont exprimés vendredi.

«Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre», attaque la Genèse. Une phrase qui a sans doute beaucoup résonné à Saint-Maurice, cité dont l’abbaye a été fondée au début du 6e siècle, et qui est profondément imprégnée de culture catholique.

A propos, le choix de la petite ville valaisanne pour ce premier Festival francophone de Philosophie semble ne pas être anodin, même si le fondateur, le journaliste Guy Mettan, est de la région: «Le thème de cette année est les origines. La tradition catholique ne me gêne pas, dans la mesure où c’est quand même un peu l’origine de l’Europe», répond-il.

Et la civilisation gréco-romaine? «Ce serait ridicule de nier cet apport-là, mais ce serait aussi ridicule de vouloir nier l’apport judéo-chrétien», répond-il. «Mais l’esprit du festival n’est pas lié à une école ou une religion. L’idée est d’être ouvert, et le programme en témoigne. Le judaïsme, l’islam, l’athéisme sont présents.»

«Pour moi, un festival de philosophie, c’est considérer les gens comme des adultes, capables d’entendre des débats, des idées qu’ils ne partagent pas forcément. Il faut opposer des gens qui n’ont pas la même vision. C’est une nécessité.»

«D’où venons-nous? Qui sommes-nous?»

A Saint-Maurice, la thématique des origines – et son corollaire, l’identité – se décline au château à travers l’exposition des travaux de cinq photographes suisses, Simone Oppliger, Luc Chessex, Mario del Curto, Jean Revillard, Bertrand Rey.

Et au collège, dans le cadre d’une exposition en forme de labyrinthe intitulée «Qui suis-je?», proposée par le physicien et pasteur protestant Roland Benz et par l’archéologue et théologien catholique Jean-Bernard Livio. Tous deux, ainsi que le professeur en études hébraïques David Banon, participaient vendredi matin à une conférence au titre vaste comme l’univers: «D’où venons-nous? Qui sommes-nous?»

Face à une salle bondée – les collégiens ont été appelés à participer à cette conférence consacrée à la Genèse – et malgré la diversité de leurs appartenances religieuses, les trois hommes offrent, pour l’occasion en tout cas, une sorte de front commun.

Concernant l’origine de l’univers, le pasteur insiste sur la nécessité d’avoir des approches explicatives diverses. Physicien, il accepte la théorie du Big Bang. Mais affirme que «cela ne suffit pas». «Les sciences ne peuvent rien dire sur l’origine, sur l’ultime», assène-t-il.

On pourrait lui rétorquer que les religions ne proposent en guise de réponse à ce point d’interrogation qu’un pari sur l’existence de Dieu. Chose que fait, d’une certaine façon, son collègue catholique, qui se dit conscient «de la partialité que représente la Bible», écrite «à un moment précis, dans un lieu précis». Au même titre qu’il insistera sur la dimension littéraire de l’ouvrage.

«Une autre rationalité»

A ce moment-là, on pourrait adhérer au propos de ce collégien qui s’étonne du décalage qu’il constate entre la vision ouverte qu’il découvre chez les intervenants, et ce qui se dit encore dans les églises.

Mais le ton change passablement avec le théologien hébraïque David Banon, qui se livre à d’étonnantes contorsions intellectuelles pour apporter une caution moderne au récit de la Genèse. Et finit par déclarer que «dans ce récit, il n’y a rien de surnaturel», tout en ajoutant que «ce qui est au commencement est aussi au commandement». Dont acte.

Alors qu’au début de la conférence, le protestant Roland Benz, faisant allusion à l’exposition «Qui suis-je?», disait qu’il s’agissait pour lui «d’apporter un dialogue entre science et religion», David Banon conclura ainsi: «Nous avons essayé de dire qu’il y a une autre rationalité que la rationalité scientifique. Une rationalité qui est aussi rigoureuse. Il faut donc aussi l’accepter».

Souvent, les croyants légitiment leur conception du monde par un «acte de foi» qui ne se discute pas. Soudain, c’est donc «une autre rationalité» qui l’expliquerait.

Le cosmos et la vie

Vendredi après-midi, changement de registre avec la projection d’un spectacle audiovisuel réalisé par l’astronome canadien Hubert Reeves et son fils Benoît, «Les dialogues du ciel et de la vie». Une heure de déambulation spatiale aux images fascinantes et au commentaire limpide, malgré la complexité du sujet.

Au cœur de ce récit, le lien intime qui unit l’univers et l’existence de la vie. Ainsi, à l’échelle terrestre, les éruptions volcaniques qui dégagent du gaz carbonique et enrichissent l’atmosphère terrestre. Ou, à l’échelle du cosmos, l’activité des étoiles – leur vie, leur mort – qui entraîne la dispersion de molécules d’azote, de carbone, d’oxygène, de silicium, et permettent, ailleurs, quelque part, la création de la vie…

Après la projection, Benoît Reeves et le journaliste français Alain Superbie répondront aux questions du public. Un échange astronomique assez pointu, qui, par la force des choses et au vu du contexte, glissera vers un questionnement métaphysique.

«Ce qui fait la véritable force de la science, c’est qu’à un moment, elle préfère se taire et conserver des points d’interrogation plutôt que des certitudes, d’autant plus qu’elle est parfaitement consciente que quand elle parle de l’univers, elle en parle en fonction des outils de réflexion et d’observation dont elle dispose à un certain moment», lance Alain Superbie.

Nouveaux horizons

Un aveu d’impuissance, qui permettrait aux tenants de l’explication religieuse de s’engouffrer dans la brèche? Pas vraiment. «On est dans une période d’observation et notre cerveau humain est tout juste en train de réaliser la tâche qui l’attend», constate le spécialiste français.

La question de l’avant Big Bang et de l’ex nihilo est avancée par un spectateur. Alain Superbie n’est pas déstabilisé pour autant. «On peut parler de potentiel énergétique dans le vide. On peut parfaitement sortir de l’énergie du vide.»

Avant de préciser sa pensée: «Pour un physicien quantique, il n’y a pas encore une explication, mais une piste de réflexion, qui tourne autour de l’idée qu’à partir de rien, on peut faire quelque chose». Selon lui, il y a de bonnes raisons de penser que grâce à la physique quantique, on pourra peut-être un jour renouveler notre vision de l’origine du monde. «On n’est pas en face d’un truc qui serait un mur définitivement infranchissable», dit-il.

«On pourrait donc se passer de la présence d’un créateur?» lance un spectateur. «Dans le cadre de ce festival, je pense qu’il est intéressant de se poser la question de savoir quel est le sens de notre conscience dans cet univers qui nous a engendrés. Je vous laisse méditer là-dessus!» conclut Benoît Reeves.

swissinfo, Bernard Léchot à Saint-Maurice

Le 1er Festival francophone de Philosophie se tient à Saint-Maurice, en Valais, du 8 au 11 septembre.
Notamment au programme:
De nombreuses conférences.
Du théâtre («Le visiteur» d’Eric-Emmanuel Schmitt), du cinéma, des expositions sur la question des origines.
Le spectacle «Les dialogues du ciel et de la vie» d’Hubert et Benoît Reeves.
Et les «credos philosophiques», avec notamment Pascal Couchepin, Jacques Chessex, Anne Bisang, Jean Romain, Alexandre Jollien, Jan Marejko, Micheline Calmy-Rey…

– Saint-Maurice, commune valaisanne, est située à l’entrée de la Vallée du Rhône.

– Habitée dès l’Antiquité, elle était connue à l’époque romaine sous le nom d’Agaune, qui fut le lieu (historique ou légendaire?) du massacre de la légion thébaine.

– Vers l’an 300, Maurice, commandant de la légion thébaine, refusa de sacrifier au culte de l’empereur. Il fut mis à mort, ainsi que ses compagnons.

– Sur ses restes, exhumés par Théodore, premier évêque nommément connu d’Octodure (ancien nom de Martigny), fut édifié un sanctuaire, qui devint l’Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune en 515.

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