Une voix qui touche sous la ceinture
A presque cinquante ans, la voix de contralto enfumée de Cassandra Wilson est plus sensuelle que jamais. Frisson, tard vendredi, au Montreux Jazz Festival.
Signé par Blue Note également, Amos Lee proposait en première partie sa jolie musique.
Sur les quais, dans les salles de concert et les esprits, la 39e édition du Montreux Jazz Festival est à bout touchant avec le calme de la nuit étoilée.
Après deux semaines en feu d’artifice, bientôt la douceur nostalgique. Et qui mieux que Cassandra Wilson pouvait accompagner cette subtile transition.
La New-yorkaise du Mississippi était déjà venue à Montreux. Et bien avant la vague des chanteuses jazzifiantes menées par Norah Jones ou Madeleine Peyroux. Avant aussi l’apparition de Lizz Wright, star en devenir chez qui l’influence de Cassandra Wilson ne trompe pas.
Du M-Base à Glamoured
Après avoir fait ses classes avec les jazzmen les plus créatifs du moment (fin des années 80-début des années 90), Cassandra Wilson a été l’une des principales artisanes de cette ouverture des chanteuses de Jazz sur les contrées country-folk – guitare acoustique, banjo et percussions boisées.
En 1995, elle sortait son «New Moon Daughter» – un tabac (Alabama? Louisiane? Mississippi?)! – dont le répertoire, outre ses propres compositions, était signé Hank Williams, Neil Young, Robert Johnson, ou même U2.
Après un «Belly of the Sun» sous forme de plongée thérapeutique dans le sud profond de son enfance, Cassandra Wilson sort en 2003 un album intitulé «Glamoured», qui laissera la critique partagée.
Une re-créatrice surtout
Cassandra Wilson est avant tout un re-créatrice au talent immense. Elle s’empare avec finesse des musiques qui font l’âme de l’Amérique. Elle compose aussi, dans le même registre.
Et, grâce à son sens de l’arrangement dépouillé et funky, son génie naturel de l’improvisation vocale et un goût sûr dans le choix de son répertoire, elle propose un monde totalement personnel et original, cousu d’émotion, dans la forme comme les textes.
Dylan, Muddy Waters, Willie Nelson, Sting (un «Fragile» transcendé à Montreux plus encore que sur disque) faisaient partie des signatures de son dernier album studio. Elle les a reconvoqués sur la scène du Casino Barrière.
Et pas seulement eux. Le «Time after Time» de Cindy Lauper aussi. Et Bob Marley – son «Redemption song» interprété en début de rappel avec, pour faire corps avec la voix charnelle de Cassandra Wilson, un banjo, et l’harmonica du Suisse Grégoire Maret, céleste vendredi. Beau à pleurer, comme l’essentiel de ce récital…
Un concert total
A peine descendus du car après 20 heures de route au départ de l’Espagne, Cassandra Wilson et ses cinq musiciens ont offert un concert total, sans la moindre boursouflure. Douze titres, un millier d’idées.
Elle, féline maîtresse du jeu, toujours heureuse dans ses prises de risque, la voix grave enfumée plus nuancée, plus émouvante, plus singulière que jamais. Eux, soudés autour d’un son boisé, débordants d’imagination, heureux de suggérer plutôt que d’asséner.
Finesse aussi en première partie avec la folk-pop (et country) d’Amos Lee. De sa voix située entre Dylan et Stewie Wonder – mais sans la présence de celles-ci – le jeune Américain a semé une dizaine de ses chansons légères.
Chansons douces, parfois doucereuses, la plupart sur tempo lent ou moyen-moyen. Un set sans grandes aspérités, «musicalement correct».
swissinfo, Pierre-François Besson à Montreux
Le 39e Montreux Jazz Festival s’achève ce soir.
Il se décline en une multitude de lieux: le coeur de la manifestation, le Centre des congrès (Auditorium Stravinsky et Miles Davis Hall), mais aussi le Casino Barrière pour les concerts plus spécifiquement jazz.
La fête se prolonge en général au ‘Montreux Jazz Café’ ou au ‘Montreux Jazz Club’.
Et c’est sur plusieurs scènes le long des quais que se tient le festival off, gratuit, rebaptisé depuis peu ‘Montreux Jazz Under The Sky’.
Parallèlement aux concerts proprement dits, des concours instrumentaux et des workshops ont lieu chaque année.
– Née à Jackson, Mississippi, en décembre 1955 dans une famille de musicien, Cassandra Wilson chante depuis l’âge de 5 ans. Le jazz entre dans sa vie plus tard, vers la vingtaine, lorsqu’elle s’établit à New York.
– Elle fait longtemps partie de la nébuleuse M-base de Steve Coleman (Graham Haynes, Geri Allen, etc), toute occupée à redonner des ailes au jazz, avant d’évoluer vers une musique plus accessible alliant le jazz au blues, la country au folk, le funk à la bossa nova. Dix-sept albums sous son nom. Le dernier en studio date de 2003 («Glamoured»).
– Amos Lee est de la génération Norah Jones. Né il y a vingt-sept ans à Philadelphie, instituteur ayant découvert la guitare à 18 ans, il vient de sortir son premier album homonyme. Country-folk parfumée de jazz interprétée d’une voix fragile.
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