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Affaire Elf: inculpation à Genève d’un millionnaire grec

D. aurait aidé Alfred Sirven (ici lors de son arrestation en février) à camoufler ses millions. Keystone Archive

D., un richissime industriel grec, est inculpé par le juge genevois Paul Perraudin: il le soupçonne d'avoir servi d'homme de paille à Alfred Sirven, ex-numéro deux d'Elf.

Les sociétés Adenla, Secost development et Minstrel, respectivement domiciliées au Liechtenstein, à Genève et dans l’île anglo-normande de Jersey, ont toutes un point commun: elles ont servi à blanchir l’argent détourné par Alfred Sirven, l’ancien patron d’Elf Aquitaine International, filiale suisse de la compagnie pétrolière française.

Elles appartiennent à un millionnaire grec, D., client d’une compagnie financière genevoise, K & M Capital & Finance SA, spécialisée dans la gestion de fortune, dont le patron K. M. inculpé pour «blanchiment d’argent» dans le cadre de l’affaire Elf, a séjourné quelques semaines en prison l’été dernier.

Le juge d’instruction Paul Perraudin, qui suit le tentaculaire dossier Elf depuis 1997, a donc décidé cette semaine d’inculper l’industriel grec, l’accusant d’avoir servi de prête-nom afin de dissimuler une partie de la fortune d’Alfred Sirven. Ce dernier, réfugié pendant plusieurs années aux Philippines, en compagnie de sa maîtresse, est depuis le début de cette année incarcéré en France, où il purge une peine de quatre ans d’emprisonnement.

Les millions d’Alfred Sirven

Avant de disparaître dans l’archipel asiatique, Alfred Sirven, qui bénéficiait d’un permis B, transformé en 1997 en permis C, décide de confier à l’un de ses amis, l’homme d’affaires genevois R.G. 50 millions de francs, détournés des caisses d’Elf et de ses filiales. Cet argent doit lui permettre de financer une retraite heureuse aux Philippines.

Pour échapper aux recherches, les millions vont prendre des chemins détournés, passant par des banques en Suisse, au Liechtenstein, à Jersey, accessoirement au Liban et dans les Emirats arabes unis. Un avocat genevois, P-A. M. a également été inculpé dans ce dossier pour avoir créé des sociétés domiciliées aux Iles Vierges.

L’argent n’a ni odeur ni nationalité

Il a fallu ensuite que de riches étrangers fassent semblant d’assumer la paternité de ces sommes. La justice genevoise vient d’inculper D., millionnaire grec. Deux autres personnes sont également soupçonnées d’avoir aidé Alfred Sirven à dissimuler son butin, un Iranien, frère du gestionnaire de fortune, à la tête de K & M Capital & Fiance SA, et un riche indien, G.

Bref, si l’argent n’a pas d’odeur, il n’a pas non plus de nationalité. Sur les 50 millions de francs cachés par Alfred Sirven et ses amis, la justice suisse n’a pu en récupérer que 12. Le millionnaire grec utilisait les services de trois banques, la VP Bank à Vaduz, l’UBS à Genève et la Banco di Lugano à Jersey.

Ian Hamel

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