Affaire Elf: un milliard de francs sur des comptes suisses
L'ex-chancelier allemand Helmut Kohl n'a pas terminé sa descente aux enfers. La justice suisse, qui enquête sur l'affaire du rachat de la raffinerie allemande Leuna par le pétrolier français Elf, a identifié 300 comptes suspects.
L’ex-chancelier allemand Helmut Kohl n’a pas terminé sa descente aux enfers. La justice suisse, qui enquête sur l’affaire du rachat de la raffinerie allemande Leuna par le pétrolier français Elf, a identifié 300 comptes suspects. Les détournements atteindraient un milliard de francs suisses.
Tout va décidément très vite pour le premier chancelier de l’Allemagne réunifiée. Il y a moins de deux semaines, Wolfgang Schäuble, président de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), montait encore au créneau pour affirmer: «Il n’y a pas le moindre indice qui permette d’affirmer que mon parti a détenu des comptes cachés en Suisse».
La réponse de Bernard Bertossa, procureur général du canton de Genève, était aussi rapide que cinglante: «La justice genevoise enquête bien sur des fonds suspects qui auraient transité en Suisse lors du rachat de la société allemande Leuna-Minol par le groupe Elf».
D’ailleurs, Paul Perraudin, le juge d’instruction en charge de ce dossier, a demandé l’entraide judiciaire du procureur d’Augsbourg, le magistrat allemand responsable de cette affaire. «Toutefois, aucun parti politique n’est assez bête pour apparaître à son nom dans des opérations illicites», ajoute, prudent, Bernard Bertossa.
Interrogé cette semaine par deux publications allemandes, le quotidien Berliner Zeitung et l’hebdomadaire Focus, le procureur genevois se montre plus précis: la justice suisse a identifié des transferts financiers suspects sur plus de 300 comptes bancaires dans l’affaire Elf-Leuna. Plus grave, les malversations ne porteraient pas sur 256 millions de francs français (montant communiqué jusqu’à présent par la justice française), mais sur 4 milliards de francs français (un milliard de francs suisses)!
En clair: l’escroquerie change radicalement d’échelle. Ces révélations risquent d’embarrasser encore davantage Helmut Kohl. D’autant que la justice française possède la preuve que l’ancien chancelier a fait pression pour que Elf rachète cette raffinerie est-allemande.
«Je vous serais particulièrement reconnaissant de bien vouloir user de votre influence personnelle afin qu’Elf se déclare rapidement disposée à réaliser le projet conformément au contrat», écrit Helmut Kohl le 18 février 1994 au Premier ministre français.
Ian Hamel
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