Assassinat politique sur fond de business
Un député japonais de l'opposition, qui avait enquêté sur le scandale Pilatus, a été tué, vendredi, à Tokyo.
L’avionneur suisse a été lésé deux fois lors d’appels d’offres pour la fourniture d’un avion d’entraînement à l’armée de l’air japonaise.
Devant son domicile de Tokyo, Koki Ishii, 61 ans, a été assassiné à l’arme blanche par un membre de l’extrême droite qui se confond avec les Yakusa, la pègre.
Au sein du Parti démocratique, il dirigeait une commission spéciale «anti-corruption». Elle était surnommée «G-Man Squad», en référence à l’équipe d’agents que le FBI créa, du temps de la Prohibition, pour lutter contre les gangs tel celui d’Al Capone.
Koki Ishii étalait sur la place publique les scandales politico-financiers du parti conservateur du Premier ministre Juinichiro Koizumi, ses liens incestueux avec les milieux d’affaires et la toute puissante bureaucratie.
Non-respect des règles de sélection internationales
Il y a quelques mois, il avait publié un rapport indépendant sur Pilatus au Japon. Estimant que la société suisse avait été désavantagée à deux reprises dans le cadre d’appels d’offres pour la fourniture de 49 avions-écoles à l’armée de l’air japonaise.
Le Parlement japonais avait été contraint de suivre les conclusions de ce rapport. Et d’admettre, de façon à peine voilée, que les tests d’évaluation technique japonais prouvaient que le PC-7 de Pilatus était un meilleur avion que le T-3 de son rival local Fuji Heavy.
«Lors du deuxième appel d’offres, si le gouvernement japonais s’était conformé aux règles de sélection internationales, comme il l’avait promis à Pilatus, Fuji Heavy n’aurait pas obtenu ce contrat», avait déclaré, l’été dernier, Koki Ishii à swissinfo.
De nombreux ennemis
En insistant devant le Parlement que le gouvernement japonais avait protégé son industrie de l’armement en privant Pilatus de ce contrat, Koki Ishii s’était attiré de nombreux ennemis.
Fuji Heavy avait su faire jouer en sa faveur ses relations avec les politiciens du camp conservateur et de hauts fonctionnaires qui, après leur retraite, occupent des positions de conseillers dans les états-majors des grands groupes industriels japonais.
«Koki Ishii était un procureur. Dans l’affaire Pilatus, il a voulu démontrer qu’en choisissant Fuji, l’Agence japonaise de la Défense rendait la fourniture d’un avion-école à l’armée de l’air plus coûteuse», observe Motohisa Funakawa, un autre député du Parti démocratique.
Le premier assassinat politique en 40 ans
Koki Ishii n’a, sans doute, pas été tué à cause de cette seule affaire Pilatus. Il s’était montré aussi un virulent adversaire de la secte Aum.
Il avait encore contribué à l’arrestation de Muneo Suzuki, l’un des politiciens les plus influents du parti conservateur qui avait détourné une partie de l’aide au développement japonaise.
Il concentrait aussi son attention sur les scandales du bâtiment. «Koki Ishii savait trop de choses. Il avait accès aux meilleures sources. Certains hauts fonctionnaires écœurés par le gaspillage des deniers publics dans le cas de Pilatus ou la politique de l’argent et des pots-de-vin se confiaient de plus en plus à lui», observe un journaliste du Nikkei, la bible des milieux d’affaires.
Aux yeux de plusieurs journalistes d’investigation japonais, la pègre japonaise n’a pas pris la décision de tuer Koki Ishii sans consulter le parti conservateur au pouvoir. C’est le premier assassinat à motivation politique depuis près de quarante ans.
swissinfo/Georges Baumgartner à Tokyo
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