Aucune preuve tangible contre Al-Taqwa
Depuis plus de trois mois, la justice suisse enquête sur l'ancienne société Al-Taqwa. Mais elle n'a toujours pas trouvé de liens avec le terrorisme.
Le 7 novembre 2001, aidées par des policiers italiens et du Liechtenstein, les autorités judiciaires helvétiques déclenchaient une vaste opération contre la société Al-Taqwa, installée à Lugano. Elles perquisitionnaient ses bureaux et les domiciles de ses principaux dirigeants, dont son président, Youssef Nada, domicilié dans l’enclave italienne de Campione.
C’est que, quelques jours auparavant, le président américain George W. Bush avait accusé cette société suisse de financer les activités de l’organisation terroriste d’Oussama Ben Laden.
Mais, Valentin Roschacher, le procureur de la Confédération, admettait que la Suisse ne possédait aucune preuve sérieuse contre Al-Taqwa. D’ailleurs, plus de trois mois plus tard, l’enquête n’a guère progressé.
Une note des services jordaniens
«Depuis le 7 novembre, je n’ai plus été interrogé par les policiers, souligne Ahmad Huber. Aucun autre responsable d’Al-Taqwa n’a d’ailleurs été convoqué.» Domicilié à Berne, cet ancien journaliste parlementaire, âgé de 74 ans, était l’un des administrateurs d’Al-Taqwa.
Rebaptisée l’année dernière Nada Management, la société, qui avait déjà fermé sa banque aux Bahamas, a cessé toute activité au 31 décembre 2001. Ahmad Huber en est devenu le liquidateur.
«Les autorités helvétiques avaient gelé nos comptes, rappelle Ahmad Huber. Pour pouvoir régler certaines factures, nous leur avons demandé de les débloquer partiellement. La justice a accepté.»
Bref, la Suisse ne considère pas les dirigeants d’Al-Taqwa comme de dangereux terroristes. Elle attendrait que la situation se calme pour innocenter cette structure créée par des Frères musulmans égyptiens.
Le Ministère public est moins catégorique. Il précise que l’analyse de tous les documents saisis n’est pas terminée.
En fait, la seule mise en cause sérieuse d’Al-Taqwa provient d’une note des services secrets jordaniens. Selon ces derniers, d’importants mouvements de fonds auraient en effet été réalisés à travers le réseau Al-Taqwa, entre les mois de mai et d’octobre 1999.
Ce qui coïncidait, souligne la note en qustion, avec deux réunions d’activistes islamistes liés à Ben Laden. La première s’est tenue à Londres. Et la seconde à Bakou.
C’est un peu maigre, dans un Etat de droit comme la Suisse, pour mettre en cause une société.
Ian Hamel
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