Blanchiment: les chiffres grimpent
En 2001, le Bureau de communication en matière de blanchiment d'argent a noté une hausse sensible des dénonciations et des sommes en jeu. Analyse.
Quand les statistiques grimpent de manière exagérée d’une année sur l’autre, on donne habituellement deux explications. La première reflète effectivement un véritable bouleversement. La suivante ne s’expliquerait, plus modestement, que par une meilleure collecte des données.
Dans ce cas précis, ce n’est tout à fait l’un ni tout à fait l’autre. Il y a eu les attentats du 11 septembre et, aussitôt, le terrorisme (22,8% des cas) a pris la tête des délits signalés lors de soupçons de blanchiment devant l’escroquerie (17,7%), la corruption (10,1%) et l’abus de confiance (8,2%).
«Le délit de participation à une organisation criminelle existait déjà dans le Code pénal en Suisse, mais il n’était pratiquement jamais utilisé avant les attentats de septembre 2001, explique Lorenzo Gerber, chef suppléant du Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent. La plupart des dénonciations enregistrées se basent sur les listes «Bush» (transmises par les Etats-Unis), et les listes «Taliban», envoyées par l’ONU.»
Le milliard de l’affaire Elf
Le nombre de communications est passé de 311 à 417 entre 2000 et 2001, soit une hausse de 34%. Mais il faut bien reconnaître que, sur les 106 dossiers supplémentaires, la très grande majorité (95) se rapportent à des personnes inscrites sur des listes de milieux suspectés de financer le terrorisme.
L’autre bouleversement concerne les sommes en jeu. Elles grimpent de 655 millions à 2,7 milliards de francs. Toutefois, cette très forte hausse n’est due qu’à cinq dossiers et notamment à celui de l’affaire Elf qui entre en jeu pour un milliard de francs. En fait, les investigations courent depuis 1997 et n’ont été comptabilisées que l’année dernière, avec le bouclage du dossier.
Quatre autres gros dossiers, encore inconnus du grand public, et que l’Office fédéral de la police ne souhaite pas encore révéler, portent également sur un milliard de francs.
«En fait, le chiffre le plus significatif concerne les dénonciations provenant du secteur non bancaire. Elles n’étaient que de 14% en 1999. Et elles sont passées à 24,8% en 2000 et à 38,8% l’année dernière», se réjouit Lorenzo Gerber. Ce sont surtout les prestataires de services en trafic de paiement qui montrent une plus grande mobilisation contre le blanchiment d’argent.
En revanche, les avocats d’affaires et les assurances continuent à ne guère repérer de moutons noirs parmi leur clientèle. De la même façon, hormis Genève, Zurich, Berne et le Tessin, les autres cantons de la Confédération restent persuadés que le crime organisé ne met jamais les pieds chez eux.
swissinfo/Ian Hamel
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