Brésil: des Suisses, pères de l’anti-esclavagisme
Un groupe d'historiens brésiliens, fils d'émigrés suisses, mettent en évidence le rôle de leurs ancêtres dans l'abolition de l'esclavage.
Pour illustrer leur propos, ils organisent une exposition à São Paulo sur l’immigration suisse et allemande.
Poussées par la famine qui sévissait au milieu du XIXe siècle en Europe, des familles entières ont embarqué vers le Brésil en quête d’une vie meilleure.
C’est à cette époque que le sénateur Vergueiro, ancien régent de la cour, organise la première vague d’immigration financée, non par l’Etat brésilien, mais par des fonds privés.
Ces immigrants devaient être mis à contribution pour l’exploitation de sa propre plantation de café, à Limeira, dans l’intérieur de l’Etat de São Paulo.
Il s’agit du berceau de l’immigration européenne, en provenance de Suisse et de Prusse.
Pionniers de la réforme sociale
A leur arrivée, les immigrés sont installés dans des colonies précaires et maintenus en état de totale dépendance vis à vis du propriétaire des terres qu’ils sont chargés de cultiver.
L’un d’entre eux, Thomas Davatz, choisit de dénoncer cet état de semi-esclavage en 1857. Il est parvenu à attirer l’attention des autorités helvétiques.
Ainsi, le consul itinéraire JJ Von Tschudi se rend alors en mission officielle au Brésil et rédige un ouvrage qui a eu un très grand impact.
Ce livre s’intitule «Voyages dans les provinces de Rio et de Saint Paul». Et il a permis une prise de conscience qui est à l’origine de l’amélioration des conditions de travail de ces colons.
Accélération du processus
Aujourd’hui, José Eduardo Heflinger Junior – un historien local dont l’ancêtre est venu de Suisse il y a exactement 150 ans – estime que l’expérience douloureuse de ces premiers émigrés a contribué à «moraliser quelque peu les relations entre employeurs et employés».
Il va même plus loin lorsqu’il affirme que cet épisode de l’Histoire subi par les Suisses et les Allemands a permis d’accélérer la marche vers l’abolition de l’esclavage, survenu tardivement au Brésil en 1888.
«Sans cela, nous n’aurions peut être pas eu l’abolition», affirme Heflinger, aujourd’hui directeur culturel à la mairie de Limeira.
En accordant des conditions de vie plus dignes à la population immigrée, le Brésil a ainsi pu attirer de nouveaux arrivants jusqu’au début du siècle dernier, essentiellement en provenance d’Allemagne, d’Italie et du Japon.
Une dynamique qui a facilité la suppression progressive de l’esclavage.
swissinfo/Thierry Ogier à São Paulo
Exposition, films et cycle de conférences au Mémorial de l’Immigrant de São Paulo, du 19 septembre au 19 octobre 2002
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