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«C’est la faute de la justice suisse»

Keystone Archive

L'affaire de la Société générale, intervenue en 1988, n'est jugée qu'aujourd'hui à Paris.

Pour la justice et la presse françaises, la responsable de cette incroyable lenteur serait la juge d’instruction genevoise Carole Barbey.

L’histoire de la Société générale, du nom d’une des plus grandes banques françaises, peut se raconter ainsi: en revenant au pouvoir en 1988, les socialistes veulent remettre la main sur cet établissement financier.

Comme la Société générale pèse alors 5 milliards de francs suisses en Bourse, les proches de François Mitterrand vont chercher des alliés un peu partout: Robert Maxwell, Edmond Safra, les patrons de Perrier et de l’Oréal. Le dossier cite également le Suisse Tito Tettamanti.

Des proches du pouvoir socialiste ont vent de l’opération. Ils en auraient profité pour empocher de jolies plus-values.

Certains sont jugés cette semaine à Paris pour délits d’initiés, comme le spéculateur américain Georges Soros ou l’intermédiaire libanais Samir Traboulsi.

Un grand amateur de curling

Pourquoi a-t-il fallu 14 ans pour ne juger finalement que quatre personnes, alors que des dizaines d’autres, souvent très proches de François Mitterrand, ont trempé leurs doigts dans la confiture?

«C’est la faute de la justice suisse», répètent inlassablement télévisions et journaux français depuis trois jours.

«La faute à un magistrat suisse, refusant obstinément de répondre aux commissions rogatoires internationales», écrit le quotidien Libération. Sans la nommer, il parle d’un «grand amateur de curling, doué d’une aversion pathologique pour l’entraide judiciaire».

Il s’agit de Carole Barbey, ancienne championne de curling, et juge d’instruction à Genève. C’est effectivement elle qui a exécuté les commissions rogatoires envoyées par Paris.

Car, comme d’habitude, l’argent détourné lors de ce raid manqué contre la Société générale a abouti dans des coffres de banques en Suisse.

Une armée d’avocats

«Je ne tombe pas amoureuse de mes procédures, sourit la magistrate suisse mise en cause, cela veut dire que je ne garde pas mes dossiers plus longtemps qu’il ne faut. Malheureusement, les magistrats français n’ont toujours pas compris les particularités des lois suisses».

En d’autres termes, à tous les stades de la procédure des avocats peuvent recourir et bloquer les commissions rogatoires. «Et dans cette affaire, j’étais confrontée à une armée de dix ou douze avocats qui ont multiplié les recours», raconte la juge d’instruction.

Carole Barbey a ainsi attendu trois ans avant que les documents adressés par la justice française lui parviennent enfin. Mais sous couvert d’anonymat, d’autres magistrats au Palais de justice de Genève avancent une autre explication.

Et si Paris n’avait surtout pas souhaité faire toute la lumière sur cette affaire qui sentait si fort le roussi pour le pouvoir politique de l’époque? Il suffisait alors de glisser dans les commissions rogatoires envoyées en Suisse des éléments non constitutifs d’une infraction dans la Confédération…

swissinfo/Ian Hamel

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