Classes tous risques
Nombre de profs craignent la rentrée des classes. D'année en année, les élèves sont de plus en plus agressifs.
Pire, un nombre croissant de parents recourent aux avocats pour contester l’autorité du corps enseignant.
A Genève, la responsable du Département de l’instruction publique du canton a décidé d’envoyer une lettre à tous les parents d’élève du canton.
Une missive dans laquelle Martine Brunschwig Graf leur rappelle les vertus de l’autorité en milieu scolaire. Car il y a péril en la demeure.
D’ailleurs, la Tribune de Genève se demande s’il y a «quelque chose de pourri au royaume des enseignants».
Et le journal de citer plusieurs professeurs qui confirment que les élèves deviennent de plus en plus arrogants, voire violents.
Le recours à la justice
De leur coté, les parents contestent souvent les notes attribuées à leur progéniture, voire les punitions qui sanctionnent leur comportement.
Des réclamations qui aboutissent de plus en plus fréquemment devant la justice.
Une commission du parlement genevois a d’ailleurs été saisie du problème. Elle vient d’entendre une série de représentants du corps enseignant et des associations de parents d’élèves.
«Le phénomène n’est pas vraiment nouveau», précise le rapporteur de la commission de l’enseignement du Grand conseil genevois à swissinfo.
«Mais, ajoute Guy Mettan, il semble s’accentuer, bien qu’aucune statistique ne le confirme.»
Même constat alarmant dans le canton de Vaud. «Les incivilités des jeunes augmentent», admet le responsable de la pédagogie au Département de la formation et de la jeunesse.
Et Cilette Cretton d’ajouter: «Les parents, eux, revendiquent davantage»
«Cette dégradation, poursuit Cilette Cretton, est visible dans l’ensemble de la Suisse, même dans les régions longtemps épargnées comme le Valais».
Le chef du Service de l’enseignement du canton du Valais partage l’avis de sa collègue.
«Depuis deux ans, confie Jean-François Lovey, les parents utilisent de plus en plus les services d’un avocat pour faire valoir leurs revendications.»
Perte de repères
Sur le front des explications, le rapporteur de la commission genevoise met en relief les clivages politiques.
«A gauche, explique Guy Mettan, les enseignants invoquent la surcharge de travail et le manque de moyen. Et à droite, ils insistent sur l’érosion de l’autorité.»
Mais, pour Cilette Cretton, le processus de réforme scolaire en cours dans les cantons de Vaud et de Genève y est probablement aussi pour quelque chose.
«Cette réforme est peut-être trop rapide, dit-elle. Faute de repères clairs, les élèves, leurs parents et les enseignants sont quelque peu déstabilisé.»
Le statut vacillant du maître
Jean-François Lovey, quant à lui, relève un autre élément qui fragilise l’autorité de l’enseignant: la multiplication des sources d’information.
«Aujourd’hui, explique le Valaisan, le maître n’est plus l’unique détenteur du savoir.»
Et d’ajouter: «L’Internet, la télévision et les autres média offrent des savoirs bien plus séduisants que celui de l’école».
Jean-François Lovey constate également une prise en compte excessive de l’affect des élèves.
«On est passé, remarque-t-il, d’une école très normative à un milieu scolaire qui est à l’écoute du moindre désir de l’enfant. Il faut rééquilibrer les choses.»
swissinfo/Frédéric Burnand, Genève
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