Coup de tonnerre dans le ciel germano-suisse
Rien ne va plus pour Moritz Leuenberger. La Commission des transports du Conseil national s'est opposée mardi à l'accord aérien qu'il a négocié.
C’est par 13 voix contre 12 que la Commission recommande au plénum de ne pas entrer en matière lors de sa session de juin. Elle ne veut pas de l’accord aérien conclu par le ministre suisse des Transports avec son homologue allemand, Kurt Bodewig.
Il faut dire que les avis sont partagés. Le traité est défendu par les socialistes. En commission, ils ont pu compter sur le soutien des Verts, des Indépendants et de quelques démocrates-chrétiens. Le reste du camps bourgeois, lui, s’y oppose.
Un accord «discriminatoire»
«Cet accord est discriminatoire», critique Barbara Polla. Selon la libérale genevoise, le développement de l’aéroport de Zurich est menacé par ce texte.
Ce traité pourrait aussi avoir des conséquences indirectes sur la Suisse romande. En effet, la France risque de présenter des exigences similaires vis-à-vis de l’aéroport de Genève-Cointrin.
Les partisans de la ratification, au contraire, estime que l’accord négocié est préférable à une dispute juridique. «Cela prendrait énormément de temps, et le résultat n’est pas assuré», avertit Jean-Nils de Dardel.
A l’instar de Moritz Leuenberger, le socialiste genevois brandit une menace: faute de traité, l’Allemagne va imposer unilatéralement une réglementation plus stricte que celle négociée.
Zurich privé de répit?
Dans une telle situation, Berlin abandonnera certainement le délai transitoire de 41 mois négocié par Berne. Sans un tel répit, l’aéroport de Zurich devra prendre des mesures d’urgence, aux dépens des riverains de l’aéroport.
«Nous prenons ces risques au sérieux et nous les assumons», rétorque Barbara Polla. Mais la libérale ajoute que le contenu de l’ordonnance unilatérale allemande correspond «à peu près» à celui de l’accord discuté actuellement.
Et si Barbara Polla admet qu’il faudra certainement renoncer à un délai de mise en application, elle précise que la politique doit se faire dans le long terme. «En faisant recours contre la décision allemande, nous avons l’espoir d’arriver à une situation finale meilleure pour la Suisse.»
«De façon générale, conclut Jean-Nils de Dardel, la place financière zurichoise prend des décisions irréfléchies depuis plusieurs années. L’affaire Swissair est la conséquence de son incompétence. Et en dernière instance, c’est au peuple suisse de passer à la caisse.»
De nombreuses oppositions
Le socialiste dénonce donc une certaine «arrogance de la place économique zurichoise qui essaie par tous les moyens d’imposer sa volonté au parlement». Mais sa position paraît toujours plus minoritaire.
Vendredi dernier, le gouvernement zurichois a déjà rejeté le traité aérien. Et suivi, lui-aussi, l’avis défendu notamment par l’aéroport de Zurich et la compagnie Swiss. Autant dire que le texte risque bien de rester lettre morte.
swissinfo/Caroline Zuercher
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