Des uniformes entre les bikinis dans les piscines
Toujours plus de piscines suisses doivent faire face aux bagarres entre jeunes. Si certains bains font appel aux sociétés de gardiennage pour rétablir l'ordre, d'autres hésitent à transformer ces havres de repos en camps disciplinaires. Par ailleurs, les vols restent nombreux. Alors prudence.
L’époque où l’on rappelait à l’ordre un couple un peu trop enlacé ou une jeune femme au sein un peu trop dénudé est révolue. Les maîtres-nageurs d’aujourd’hui doivent faire face aux règlements de compte entre bandes rivales, au bruit ou au harcèlement des baigneuses. Ils sont pris à parti, insultés voire menacés.
Certaines communes prennent des mesures. Depuis deux semaines, des agents Securitas surveillent la piscine Mooshüsli, à Emmenbrücke (LU). L’expérience, qui durera six semaines, est préventive et ne répond pas à un incident en particulier.
Ailleurs, il a fallu réagir après coup. Suite aux bagarres qui ont opposé une quarantaine de jeunes et qui ont fait un blessé à la piscine de Carouge (GE), la municipalité a renforcé la surveillance. Selon l’affluence, deux à six Protectas évoluent à présent entre les linges de bain.
A Yverdon-les-Bains (VD), suite aux bagarres de la semaine dernière entre jeunes de la région et Alémaniques, la police reste vigilante dans le secteur de la plage. La surveillance des lieux va se prolonger, le temps que les esprits se calment.
Des mesures similaires ont été prises dans les communes de Meyrin et de Lancy. Lors d’une réunion avec les autorités concernées, la police a établi un cahier des charges. Outre le renforcement de la surveillance, les piscines genevoises vont former les gardiens à la médiation en cas de conflits.
Pas évident
Même si les vigiles sont plutôt bien perçus par le reste des usagers, ailleurs, on hésite à les engager. Patrice Iseli, chef du service des affaires sportives de la Ville de Lausanne, craint que cela nuise à l’image familiale des piscines. «Mais nous le ferons si nous devons en arriver là», soupire-t-il.
Il constate une recrudescence des conflits, notamment à Bellerive et dans certaines piscines de quartier. «Les gens se provoquent plus facilement qu’avant». En début de saison, la police a ainsi enseigné au personnel comment désamorcer une bagarre.
Bernard Bally, secrétaire de l’Association des piscines romandes, pense lui aussi que les uniformes sont déplacés dans un endroit de loisir et de détente. «Il faut responsabiliser les gens et arrêter de les prendre en charge», préconise-t-il.
D’autres bains n’ont tout simplement pas les moyens d’engager un renfort musclé. Si on veut maintenir l’entrée gratuite, cela coûte trop cher, se plaint un maître-nageur du Marzili, à Berne. C’est donc aux six maître-nageurs de maintenir l’ordre, sachant qu’aux jours de pointe, 11 000 personnes se prélassent sur les bords de l’Aar.
L’exemple zurichois
En matière de gestion de crises, la ville de Zurich fait oeuvre de pionnière. Les problèmes y ont été reconnus plus tôt qu’ailleurs, pense Leo Sachser, gérant des bains du Letzigrund et responsable de formation à l’Association des maître-nageurs de la ville. Ces deux dernières années déjà, des séminaires ont été organisés sur la violence et le harcèlement sexuel.
La collaboration avec la police s’est beaucoup développée, peut-être à cause des problèmes de drogues qu’ont connu il y a plusieurs année les bains du Letten, ajoute M. Sachser. S’il existe encore quelques rares points d’ombre au tableau, les conflits entre bandes ont fortement diminué.
Attention aux vols
Fouilles de casiers mal fermés et téléphones mobiles volés sont en outre le lot saisonnier des baigneurs insouciants. Les piscines rappellent quelques règles de prudence.
Si les statistiques ne sont connues qu’en fin de saison, on sait qu’il y a des pics selon les périodes. Les gens volent plutôt en début de saison, pour s’offrir des vacances, et récidivent vers la fin de l’été.
On assiste plutôt à des actes isolés. Mais il existe aussi des bandes bien organisées. Certains détournent l’attention des gardiens et des baigneurs en simulant des disputes pendant que leurs complices passent à l’action à l’opposé du bassin.
Les piscines qui ont engagé des gardiens privés notent déjà une baisse des vols. Les autres rappellent aux imprudents quelques règles évidentes de sécurité: ne pas laisser le téléphone et le portefeuille sous le linge, utiliser correctement les casiers et ne pas emporter de sommes importantes à la piscine.
swissinfo avec les agences
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