Echecs: Viktor Kortchnoï époustouflant
A trois rondes de la fin du tournoi des grands maîtres de Bienne, le Suisse Viktor Kortchnoï reste solidement et contre toute attente installé dans le fauteuil de leader. Un sacré exploit pour le prestigieux septuagénaire qui défie le temps.
Mais par combien de vies différentes est-il donc habité? Depuis une bonne semaine, il défraye la chronique au Festival international d’échecs de Bienne et force le respect, méritant son surnom de «Viktor le Terrible».
Un alerte septuagénaire
Depuis un demi-siècle, il fait partie de l’élite noire et blanche. Son style reste redouté, son imprévisibilité aussi. «Je suis assez fier d’avoir pu affronter quatre générations différentes de maîtres et grands maîtres dans ma carrière», souligne-t-il. Le 23 mars dernier, cet authentique phénomène des échecs a fêté son 70e anniversaire. Les hommages affluent du monde entier.
Alors que la quasi-totalité du gratin des échecs est âgée de moins de 35 ans, l’ancien double vice-champion du monde (1978, 1981, contre son ennemi intime, Karpov) n’est pas seulement issu d’une autre planète, mais surtout d’une autre époque.
Comment ne pas songer que ses adversaires pourraient souvent être ses petits-fils? «Cela me traverse aussi l’esprit, admet-il. Mais j’espère que cela ne se voit pas sur l’échiquier, mon style s’est adapté aux temps modernes, il n’est pas dépassé. Je n’ai pas grand-chose à envier aux jeunes…»
Donner la leçon aux jeunes
A Bienne, dans le rendez-vous le plus relevé de l’année en Suisse, Viktor Kortchnoï s’exerce dans son exercice de style préféré: donner la leçon aux jeunes. Il s’est déjà défait de Boris Gelfand (Israël, numéro 9 mondial), de Joël Lautier (no 23) et d’Alexander Grischuk (17 ans, no 25). Il a aussi tenu tête à Peter Svidler (no 17). Son seul faux-pas est à mettre au crédit du jeune Yannick Pelletier (Bienne).
Après sept matches, il se classe premier devant Pelletier et Svidler, avec 4 points et demi. S’il va jusqu’au bout de son formidable pari, le «lion de Leningrad» serait le premier Suisse à enlever le tournoi des grands maîtres depuis 22 ans. En 1979, c’était déjà lui qui s’était imposé…
Jonathan Hirsch
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