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Faux débats et vrais enjeux

Assemblée générale à New York: "l'ONU n'est pas une organisation internationale comme tant d'autres" Keystone Archive

Professeur à l'Institut universitaire de hautes études internationales à Genève, Pierre-Yves Ghebali rappelle les données du débat suisse sur l'adhésion à l'ONU.

L’entrée de la Suisse à l’ONU suscite un débat émotionnel dont les protagonistes se situent à des plans bien différents. Les partisans du «oui» perçoivent l’adhésion comme la régularisation d’une union libre déjà ancienne.

Ils font valoir que le passage du statut d’observateur à celui de membre s’impose pour des raisons de bon sens et d’intérêt national : il apporterait des dividendes politiques et économiques qui permettraient à la Confédération de mener une politique étrangère active conforme à sa vocation humanitaire.

Sur un registre plus dramatique, les partisans du «non» affirment que l’adhésion compromettrait rien moins que la neutralité suisse.

L’analyse à froid des données réelles de la situation permet d’aboutir – de bonne foi – à la conclusion que si la Confédération peut continuer à vivre sans dommage en dehors de l’ONU, l’adhésion n’aurait pour autant aucun effet négatif.

Neutralité…

L’argument-choc de la neutralité fait l’objet d’un débat où le fantasme l’emporte. Rappelons que la Suisse applique de son plein gré les sanctions économiques décidées par le Conseil de sécurité – en tant que membre de diverses agences onusiennes et du fait que la Charte de l’ONU est la loi suprême de la communauté internationale.

Par ailleurs, vu l’évolution pratique de l’ONU, nul pays n’a obligation de participer à des opérations militaires, coercitives ou non. Celles-ci sont des activités à la carte auxquelles, jusqu’à ce jour, plus de 60 Etats n’ont jamais contribué.

De plus, tous les pays neutres du monde font aujourd’hui partie de l’ONU sans aucun problème. Enfin, l’ONU ne constitue pas un super-Etat et n’est guère destinée à évoluer dans ce sens.

…et démocratie

Les opposants à l’ONU font aussi valoir qu’il serait dangereux d’adhérer à une institution «inefficace» et «dominée par les grandes puissances». Or, l’ONU ne fait que refléter une société internationale imparfaite: dans un monde idéal, elle n’aurait pas à être inventée.

En outre, l’hégémonie des grandes puissances est une réalité effective en dehors aussi bien qu’au sein de l’ONU et, comme l’a démontré l’affaire des fonds en déshérence, l’isolement ne protège guère contre le comportement brutal des grands.

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité bénéficient bien d’un certain privilège : le droit de veto. Mais celui-ci ne permet pas un diktat des grands sur les petits.

Sa véritable fonction est de préserver les intérêts des grandes puissances et, par là même, d’ôter à ces dernières toute envie d’abandonner l’ONU en cas de désaccord majeur.
L’ONU n’est pas une organisation internationale comme tant d’autres. Groupant la totalité des Etats souverains existant à ce jour, elle représente la société universelle agissant dans un cadre institutionnalisé – le seul et unique de son espèce.

De ce fait, l’enjeu de la prochaine votation n’est pas véritablement l’ONU, mais en réalité le caractère ouvert ou fermé que la Suisse entend attribuer à sa neutralité en ce début du XXIème siècle.

Professeur Victor-Yves Ghebali

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