L’affaire Méry qui éclabousse la France passe par la Suisse
Une vidéo-confession sur le financement occulte des partis politiques provoque un séisme politique en France. Le président Chirac, le Premier ministre Jospin, et l´ancien ministre Strauss-Kahn sont frappés de plein fouet. Et la Suisse est concernée.
On l’appelait «Méry de Paris», ou encore «le gros». Promoteur et homme d’affaires, Jean-Claude Méry, décédé en juin 1999, met gravement en cause Jacques Chirac – dans une cassette vidéo diffusée la semaine dernière par le journal Le Monde. Or, Jean-Claude Méry, c’est l’homme qui cachait en Suisse des fonds occultes destinés au Rassemblement pour la république (RPR), le parti chiraquien.
Mieux, une bonne partie des informations révélées la semaine dernière par la presse française, et qui mettent en cause le président Jacques Chirac, mais aussi le Parti socialiste et le Parti communiste, étaient connues des autorités judiciaires française et suisse. D’ailleurs, les conclusions de l’enquête réalisée par la justice genevoise ont été envoyées à Paris par la voie diplomatique, le 16 avril 1996.
Sur instructions téléphoniques de Méry, les opérations de retraits étaient effectuées essentiellement en cash sur le compte Farco, appartenant à la société panaméenne Farco Enterprise. Un compte ouvert, à la fin de 1990 à Genève, auprès de l’Union des banques suisses (UBS) par Jean-Claude Méry lui-même. C’est du moins ce que déclarait en 1996 un membre de la société fiduciaire Gestoval au juge genevois Claude Wenger.
Le magistrat suisse répondait à l’époque à une commission rogatoire envoyée par le juge français Eric Halphen, qui enquêtait sur un financement occulte au profit du RPR. Jean-Claude Méry, patron de bureaux d’études, «chargé des entreprises au RPR», était alors fortement soupçonné d’avoir perçu, sur des comptes suisses, 38 millions de AHLM de Paris.
En interrogeant la société fiduciaire Gestoval, installée route des Acacias à Genève, le juge d’instruction Claude Wenger avait découvert que des personnes, qui se faisaient identifier par un code, mais ne communiquaient pas leur identité, venaient régulièrement retirer 100 à 200 000 francs suisses en liquide.
Plus grave: la justice suisse révélait que la société Elyo-Cofreth, une filiale de la Lyonnaise des Eaux, qui avait obtenu la moitié du marché des ascenseurs des HLM parisiennes, avait versé à deux reprises de l’argent sur le compte Farco appartenant à Jean-Claude Méry. Les sommes passaient par une société irlandaise, baptisée Electric Thermic and Climatic Company.
Ian Hamel
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