L’avenir de Kaboul ne se jouera pas à Genève
La Suisse n'a pas fait le poids face à l'Allemagne. La Conférence sur l'Afghanistan se tiendra très vraisemblablement à Berlin.
«Nous partons de l’idée que la Conférence ne se tiendra pas en Suisse», a confirmé mardi Daniela Stoffel, porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
Le matin même, la radio d’Etat iranienne annonçait que la Conférence, qui doit décider de la constitution d’un nouveau gouvernement à Kaboul se tiendrait à Berlin samedi. L’annonce officielle devrait tomber mercredi.
La diplomatie helvétique a pourtant fait son possible pour obtenir cette conférence. Ces dernières semaines, ses missions auprès de l’ONU à Genève et à New York ont multiplié les contacts.
Et cela sans omettre de préciser que la Suisse prendrait à sa charge les frais de déplacement et d’hébergement des participants afghans. Vienne et Berlin, également sur les rangs, offraient bien sûr les mêmes conditions.
Des précédents prestigieux
En matière de grands rendez-vous avec l’Histoire, Genève a pourtant une belle carte de visite à faire valoir. Sans remonter à la fondation de la Société des Nations, c’est dans la ville de Calvin que s’est tenu en 1985 le sommet Reagan-Gorbatchev, amorce d’un changement qui a marqué la face du monde.
C’est à Genève encore qu’en 1988, Yasser Arafat reconnaît devant l’assemblée de l’ONU le droit à l’existence de l’Etat d’Israël. Et, en 1991, c’est toujours à Genève que se tient la réunion de la dernière chance entre Américains et Irakiens avant l’éclatement de la guerre du Golfe.
Plus près des préoccupations du moment, c’est aussi à Genève que furent signés les accords annonçant le retrait soviétique d’Afghanistan. Et, depuis trois ans, la Suisse accueillait régulièrement les représentants de l’Alliance du Nord et des talibans, même si elle avait renoncé depuis le début de l’année à essayer de les faire asseoir à la même table.
Dans un autre registre, la Suisse a présidé l’an dernier l’«Afghanistan support group», qui réunit les pays engagés dans l’aide humanitaire sur place. Une aide dont Berne a d’ailleurs augmenté le montant cette année, le faisant passer de 12,5 à 17,5 millions de francs.
La neutralité ne fait plus la différence
Les partisans de la tenue de la Conférence à Genève espéraient que la neutralité constituerait un atout supplémentaire. Mais, face au poids de l’Allemagne, celui-ci n’a pas pesé lourd.
La première puissance économique d’Europe est, en effet, en train de sortir des cinquante ans d’éclipse imposés par la défaite du IIIe Reich et de s’affirmer également comme un géant politique.
Pour preuve, le rôle de premier plan joué par son ministre des Affaires étrangères, Joshka Fischer, dans la négociation du premier cessez-le-feu obtenu au Proche-Orient depuis le début de la deuxième Intifada. Ou la manière dont le chancelier Schröder a réussi, la semaine dernière, à convaincre le Bundestag d’envoyer des troupes en Afghanistan.
A Berne, dans les couloirs du DFAE, on est bien conscient de ces réalités. «La vérité, c’est que nous ne faisons tout simplement plus le poids», résume Daniela Stoffel.
Marc-André Miserez
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