L’incroyable légèreté des entreprises
Malgré la multiplication des débâcles, les sociétés négligent toujours la prévention des risques. C'est le constat d'Yves Baeumlin, un patron genevois.
Faillite de Swissair et du commerçant lausannois en grains André, crash du projet de banque sur Internet du zurichois Vontobel, problèmes de Sulzer Medica, pertes colossales des banques cantonales vaudoise et genevoise, départ vers New York du World Economic Forum Davos, etc. La liste des déboires de l’économie suisse est interminable.
De nombreuses sociétés ou administrations publiques ont perdu des millions ou sont même en faillite pour ne pas avoir su prévenir les dangers. Pourtant, les petites et moyennes entreprises helvétiques se désintéressent toujours de la gestion des risques.
Un ancien des «services» français
C’est en tout cas l’analyse d’Yves Baeumlin. Cet ancien cadre de la Direction de la sécurité du territoire (les services français de contre-espionnage et d’anti-terrorisme) dirige aujourd’hui la société Intelynx. Fondé à Genève en 1998, ce cabinet de consultant est spécialisé dans le «risk management», l’analyse des risques qui planent sur les entreprises.
Son travail consiste à recueillir et traiter les informations pertinentes pour permettre aux sociétés d’élaborer des stratégies de défense et de croissance. Intelynx recense les dangers qui menacent l’activité d’une entreprise, qu’ils soient naturels, industriels ou financiers, et préconise les mesures nécessaires pour éviter les «agressions» internes ou externes.
Après quatre ans d’activité en Suisse, Yves Baeumlin dresse un constat inquiétant. «Le risk management n’intéresse que quelques multinationales alors que toutes les PME devraient s’en inquiéter. En Romandie, je prêche dans le vide», lance ce spécialiste.
Toutes les entreprises sont concernées: sociétés high-tech, laboratoire d’études, entreprises de biotechnologie, etc. Or, le niveau de sécurité de certains centres de recherche et développement, en particulier chez les PME, est déplorable. «Chez nous, tout est sous contrôle», est la phrase que j’entends le plus souvent explique Yves Baeumlin.
«La Suisse est en train de subir les revers de la mondialisation. Alors qu’au sein de l’Union européenne les entreprises sont soumises à une forte concurrence, il n’y a pas de vraie remise en question en Suisse bien que des pans entiers de son économie soient menacés», prédit ce spécialiste.
La fraude coûte des milliards
Il est vrai que la menace est réelle. D’après une étude de Pricewaterhouse Coopers, 42,5% des sociétés européennes auraient été victimes d’actes de criminalité économique en 1999 et 2000. Le coût des fraudes est évalué à 2,6 milliards d’euros pour les sociétés de plus de 5000 employés et à un milliard pour celles qui emploient moins de 5000 personnes.
Les actes les plus fréquents sont le détournement de fonds (63%), l’abus de confiance (24%), la cybercriminalité (13%) et la corruption (11%). Si la fraude en entreprise est à ce point répandue, c’est avant tout à cause de la négligence des dirigeants qui pratiquent la politique de l’autruche.
Mais peu de cas apparaissent au grand jour. Comme les sociétés craignent par-dessus tout les conséquences médiatiques d’une fraude, elles font souvent le gros dos, étouffent l’affaire et acceptent la perte plutôt que d’afficher leur vulnérabilité sur la place publique. Seul un délit sur dix est connu.
swissinfo/Luigino Canal
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