La montagne qui vit
Après un week-end consacré aux films de «free ride», le concours du 32e Festival international du film alpin des Diablerets a commencé lundi soir. Le film à tendance ethnographique est de plus en plus présent.
Vingt-huit films sont au programme cette année, après «une sélection extrêmement sévère», selon le directeur de la manifestation, Pierre Simoni. Huit pays sont représentés: en tête – et c’est une nouveauté – la Suisse (8 films), puis la France (7), l’Italie (7), l’Allemagne (2), enfin la Russie, la Pologne, la Slovaquie et Madagascar avec un film chacun.
Comme les années précédentes, un «Diable d’Or» récompensera un œuvre dans trois catégories distinctes: «Identité de la vie montagnarde», «Activités sportives en montagne», et «Sauvegarde de l’environnement en montagne». Cette année, la première catégorie semble nettement l’emporter en nombre.
L’exploit comme prétexte à la rencontre
Lundi soir, sur six films présentés, un seul ne traitait que de l’exploit en tant que tel: «Surmounting» de Olga Zubkova, Russie. Une ascension du Lhotse, dans l’Himalaya, caméra braquée sur les alpinistes et les paysages. Aventure individuelle certainement, mais platement filmée en regard de ce qui a déjà été produit dans ce registre.
Deux autres films liés à la notion de performance mettaient davantage le poids sur la notion de rencontre. Ainsi «La Main de Fatima», de l’Italienne Tiziani Raffaelli: une équipe d’alpinistes de la Péninsule s’attaquent à une haute falaise du Mali, une aiguille qui évoque d’ailleurs celles des Dolomites… Mais c’est le voyage qui mène à cette «Main de Fatima» qui sera surtout filmé, images de la population malienne, plans nostalgiques de Tombouctou.
Impressionnant: «Tajomné Mamberamo», du Slovaque Pavol Barabás, qui raconte l’incroyable odyssée de deux aventuriers. Accompagnés d’un guide et de porteurs, ils traversent une chaîne de montagnes de Nouvelle-Guinée pour rejoindre le fleuve Mamberamo, au cœur d’une zone rigoureusement interdite.
Jungle étouffante, moiteur et paludisme. Etonnant contrepoint aux cimes himalayennes. Rencontre avec des indigènes nus vivant à l’heure de «La guerre du feu»: les caméras s’attardent sur ces hommes ayant pour seul vêtement un long et spectaculaire fourreau pénien, des hommes dont les ancêtres ont vraisemblablement croqué – au sens propre – du missionnaire, et qui en l’occurrence, se montrent parfaitement chaleureux.
Le quotidien, simplement
Deux courts-métrages, tous deux produits pour l’émission «Faut pas rêver» (France 3), relevaient du film ethnographique pur. «Les Jouets du Queyras», d’Arnaud Blin, nous emmenait dans un village des Hautes-Alpes, dont les habitants, réunis en coopérative depuis 80 ans, fabriquent des petits animaux en bois peint, histoire d’arrondir leurs fins de mois. Les solides agriculteurs, le soir venu, troquent donc la charrue pour le pinceau, comme dans le Jura suisse d’antan, les paysans se métamorphosaient en horlogers.
Film le plus fort de la soirée, «Porteurs de misère», de Philippe Lespinasse, évoque l’envers du décor et enfonce une méchante pique dans le flanc des stars de l’Himalaya. Sa caméra a suivi des sherpas népalais qui, avec des charges invraisemblables (80 à 90 kg pour les adules, une quarantaine pour les enfants), approvisionnent en riz, lentilles, ciment, l’ultime village avant l’Everest, celui où les alpinistes feront leurs dernières emplettes.
A douze heures de marche par jour, le voyage dure deux bonnes semaines. Ce qui laisse le temps à ces «hommes-camions» de regarder parfois vers le ciel, et de voir passer les hélicos des sportifs occidentaux.
Bernard Léchot
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