La place financière londonienne est pire que la suisse
Arnaud Montebourg, le bouillant rapporteur de la mission parlementaire française sur le blanchiment des capitaux, ne fait de cadeaux à la City de Londres, qualifiée de «centre offshore sanctuaire de l'argent sale». Prenant l'exemple de l'affaire Abacha, il a presque salué l'action de Berne.
Dès septembre 2000, la Commission fédérale des banques dénonçait les insuffisances «crasses» de plusieurs établissements installés dans la Confédération. Ils avaient accepté au mépris de «la déontologie la plus élémentaire» l’argent de Sani Abacha, l’ancien dictateur du Nigeria, et de sa famille.
La Grande-Bretagne, en revanche, refusait pendant longtemps de lever le petit doigt. «C’est sous la pression internationale des autorités nigérianes et suisses qu’une enquête a été engagée par la Financial Services Authority», a rappelé Arnaud Montebourg mercredi à Paris lors d’une conférence de presse organisée à l’Assemblée nationale.
Faiblesses dans les procédures de contrôle
Le constat est accablant pour la City: 15 des 23 banques concernées par la détention de «fonds Abacha» montraient des faiblesses significatives dans les procédures de contrôle. Le total des avoirs déposés sur ces comptes en Grande-Bretagne atteint 1,3 milliard de dollars!
On peut même se demander si des extraits du rapport de la FSA seraient sortis même sans les attentats du 11 septembre dernier. Depuis, Londres tente d’apparaître, aux côtés des Etats-Unis, comme le champion de la lutte contre les capitaux criminels.
Dans le dernier dimanche.ch, Arnaud Montebourg n’a pas caché son hostilité à la place financière helvétique qui «s’enferre dans une sorte d’autosatisfaction arrogante qui la discrédite». Aujourd’hui, le député socialiste s’est montré plus modéré vis-à-vis de la Confédération. Ou du moins, l’a-t-il présenté comme un moins mauvais élève que la City.
«Il est plus facile de s’attaquer à de petits territoires qu’à des grands», a-t-il reconnu. Les trois précédents rapports de la mission parlementaire sur le blanchiment des capitaux concernaient le Liechtenstein, Monaco et la Suisse.
Cette fois, la mission française s’attaque à la principale place financière du monde, la City, qui gère 4000 milliards de francs suisses, et accueille plus de 500 banques étrangères.
Enfin, pour ne pas donner l’impression de ne faire la morale qu’aux autres, Arnaud Montebourg a annoncé qu’après le Luxembourg, la mission parlementaire enquêtera sur les départements français donnant sur la Côte d’Azur.
Ian Hamel, à Paris
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