La Suisse doit faire plus contre la pédophilie
Lors du congrès contre l'exploitation sexuelle des enfants au Japon, la Suisse a défendu son bilan. Peut mieux faire, estiment les ONG.
Depuis la conférence de Stockholm en 1996, la Suisse a pris différentes mesures contre l’exploitation sexuelle des enfants. Et continue d’en prendre de nouvelles, tant sur plan de la prévention que de la répression.
C’est ce qu’a déclaré, mercredi à Yokohama, le chef de la délégation suisse Jean-François Giovannini. Parmi les mesures législatives prises par la Suisse, l’ambassadeur a mentionné l’adoption d’une loi extraterritoriale: «Elle permet de poursuivre en Suisse, les actes commis à l’étranger par les personnes qui résident sur son territoire, indépendamment du droit étranger».
L’Internet et la pornographie
Le chef de la délégation suisse a également évoqué la prolongation de la prescription pour les actions en justice que voudraient intenter les enfants victimes d’actes sexuels.
«Une mesure très importante et qui semble obtenir un consensus au sein de l’Union européenne. Les enfants victimes de tels abus mettent en effet souvent de nombreuses années à pouvoir en parler», précise Bernard Boëton qui représente Terre des hommes à Yokohama.
Jean-François Giovannini a enfin cité le projet de punir la possession de matériel pornographique mettant en scène des enfants, sans oublier les efforts entrepris concernant l’internet.
Un effort qui ne convainc pas entièrement la conseillère nationale bernoise Gaby Vermot: «La pornographie disponible sur l’Internet est un problème monstrueux en Suisse. Une société de recherche informatique a recensé plus de 40’000 pages et 1300 sites différents en l’espace de deux heures».
Présente à Yokohama, la parlementaire dénonce: «On a déjà perdu deux ans dans la mise en place de la surveillance de telles activités. Or, la Confédération voudrait laisser aux cantons le soin de financer son nouveau projet en matière de cyber-criminalité. Mais c’est à lui de le prendre en charge car c’est un problème de dimension nationale».
Encore des tabous
Des propos que tient à relativiser Bernard Boëton: «Il est facile aujourd’hui de dénoncer la pédophilie sur Internet, les réseaux et les trafics, et il faut le faire. Mais l’exploitation sexuelle à l’intérieur des familles ou des institutions demeure, elle, un sujet tabou».
Catherine Hartmann de l’ONG Ectat Switzerland, insiste, elle, sur la sensibilisation des Suisses qui reste à faire. A son avis, la Suisse a également le devoir de sortir de son isolement pour collaborer davantage avec le monde extérieur, le Tiers-Monde en particulier, dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants.
Georges Baumgartner, Tokyo avec Frédéric Burnand, Genève
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