La Suisse rappelle fermement la primauté du droit humanitaire
«La raison doit répondre à la folie meurtrière.» Paroles du patron de la diplomatie suisse Joseph Deiss à la Commission des droits de l'homme.
Journée de discours ministériels mardi à la Commission des droits de l’homme des Nations Unies à Genève. Celui de Joseph Deiss, ministre des affaires étrangères, y était attendu. Depuis le vote du 3 mars sur l’adhésion à l’ONU, les discours suisses sont peut-être mieux écoutés.
De fait, le chef de la diplomatie suisse est allé à l’essentiel, à savoir le rappel du droit international humanitaire, ce «noyau indérogeable des droits de la personne humaine», ce «minimum en deçà duquel commence le déni de la dignité humaine et l’abus de la force».
La lutte contre le terrorisme ne justifie pas tout
L’ignorer «conduit à l’impasse et attise la violence», insiste Joseph Deiss qui applique aussitôt ce constat à la réalité internationale. Les attentats du 11 septembre 2001 sont «une négation abjecte de la dignité humaine». Prévenir et réprimer les attaques contre les innocents sont donc une priorité.
Mais la réaction au terrorisme «doit se faire dans le cadre des règles universelles qui protègent la personne humaine». Ces règles d’humanité «ne doivent en aucun cas devenir les victimes indirectes du terrorisme».
Dans ce que le ministre suisse estime être le début d’une nouvelle étape de «la longue histoire visant à substituer la justice à la vengeance», la Commission devrait dès lors se tourner en priorité vers les plus vulnérables et vers ceux qui risquent leur vie pour les défendre.
Joseph Deiss répète plusieurs fois que ce principe s’applique aussi aux combattants ennemis, aux prisonniers, aux criminels. «Le droit doit répondre à la force, la raison doit répondre à la folie meurtrière.»
Il faut partout abolir la peine de mort
L’autre appel du ministre suisse porte sur l’abolition de la peine de mort et la prévention de la torture. Il faut supprimer «ce châtiment d’un autre âge», dit-il, «protéger la justice humaine, inévitablement faillible, contre le risque de tuer des innocents et le danger de relativiser la valeur de la vie humaine.»
Joseph Deiss ne veut pas rester dans l’abstrait. Il désigne les États-Unis d’Amérique, la Chine et l’Arabie saoudite, trois pays où le nombre d’exécutions capitales est particulièrement élevé.
De même qu’il montre encore du doigt la Chine à propos de la nécessité de trouver «une forme adéquate d’autodétermination» pour le Tibet, ainsi que la Russie dont les «opérations dites de nettoyage» en Tchétchénie ne manquent pas d’inquiéter.
Le message de la Suisse se veut clair. En entrant à l’ONU, elle entend participer pleinement aux efforts de l’organisation pour la défense des droits de l’homme. Et elle le fera en priorité dans le domaine du droit humanitaire. Ce n’est pas pour rien qu’elle est dépositaire des Conventions de Genève.
swissinfo / Bernard Weissbrodt, Genève
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