«La vérité interdite» ne vise pas Yeslam
Pour la justice genevoise, «La vérité interdite» n'est pas un brûlot contre l'homme d'affaires Yeslam Binladin. Il ne serait atteint que par ricochet.
Jeudi dernier, les juges genevois ont annulé l’interdiction provisoire en Suisse de l’ouvrage «La vérité interdite», consacré aux relations secrètes entre les Etats-Unis et la tendance modérée des taliban. Sorti en novembre 2001 à Paris, le livre était également disponible chez nos autres voisins, allemands, autrichiens et italiens.
L’interdiction avait été demandée par le financier Yeslam Binladin, 51 ans, le demi-frère d’Oussama, installé dans la Cité de Calvin depuis une vingtaine d’années. Selon lui, «La vérité interdite» insinuerait qu’il maintiendrait des liens avec la mouvance terroriste islamiste.
En communiquant sa décision jeudi, la Cour de justice n’avait pas transmis ses considérants. Le document de 18 pages, que swissinfo a pu se procurer, risque de ne laisser personne indifférent. En effet, les magistrats considèrent qu’il faut faire une distinction «entre les informations inexactes (ou incomplètes) et les informations sciemment fausses (donc mensongères)».
L’environnement économique d’Oussama
En d’autres termes, la Cour de justice ne dit pas que «La vérité interdite» n’a pas écrit des inexactitudes sur Yeslam Binladen et ses sociétés. Elle précise que ces inexactitudes n’avaient pas forcément pour but de «faire apparaître l’intéressé sous un faux jour».
De plus, le Tribunal met l’accent sur «l’impression générale laissée sur un lecteur moyen». «La vérité interdite» défend surtout la thèse de négociations secrètes entre les Américains et certains taliban, sur fond d’intérêts pétroliers et géostratégiques. L’un des auteurs, Jean-Charles Brisard, a consacré une étude à l’environnement économique d’Oussama Ben Laden.
La Cour de justice estime que le lecteur moyen «ne s’intéressera fort vraisemblablement pas à la personne d’un des membres de la nombreuse fratrie d’Oussama Ben Laden, ni à ses sociétés». Elle déclare donc irrecevable la requête déposée le 14 janvier 2001 par Yeslam Binladin, le demi-frère d’Oussama, et par sa société genevoise, la Saudi Investment Company (SICO).
Blanchiment d’argent en France
De plus, l’homme d’affaires suisse (il a été naturalisé l’année dernière) devra débourser 15 000 francs pour les frais de procédure. En janvier dernier, le Tribunal de Première instance de Genève s’était montré nettement plus sévère avec les auteurs de «La vérité interdite», dénonçant «les associations d’idées et les amalgames opérés qui sont de nature à faire passer les requérants pour des terroristes».
Pour le patron de la SICO, c’est incontestablement un nouveau revers. Mis en cause depuis mars en France dans une affaire de blanchiment d’argent, instruite par le juge Renaud Van Ruymbeke, il a vu ses habitations et ses bureaux perquisitionnés sur la Côte d’Azur et en Suisse. Invité en avril à un dîner à Genève en présence de George Bush père, Yeslam Binladin a été contraint de se décommander à la dernière minute.
On ignore encore si le financier ira jusqu’au Tribunal fédéral. De son côté Jean-Charles Brisard, l’un des auteurs du livre (avec Guillaume Dasquié) envisage de poursuivre Yeslam Binladin et de lui demander des dommages et intérêts. Paru en France en novembre en pleine actualité, et tiré à 80 000 exemplaires, son livre n’est disponible en Suisse que six mois plus tard.
swissinfo/Ian Hamel
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