Le vol humanitaire pour Bagdad cloué au sol
L´opération «un avion pour Bagdad» a été annulée. La centaine de personnalités - dont deux députés suisses - qui devaient participer au viol de l´embargo irakien ont dû renoncer au projet. Déception et colère.
Le vol humanitaire organisé par trois ONG (emmenées l’organisation Enfants du Monde-Droits de l’homme) devait partir vendredi de Paris pour Bagdad. Après de multiples tractations, l’aéroport de Roissy a finalement refusé l’autorisation de décollage à l’avion belge affrété à cet effet.
Ces derniers mois, les initiatives privées pour briser l’embargo aérien irakien se sont multipliées. De même que les prises de position politiques en faveur d’une levée de sanctions internationales qui auraient fait, en 10 ans, des centaines de milliers de victimes.
Les deux députés au Conseil national – l’écologiste genevois Patrice Mugny et la socialiste bernoise Ruth-Gaby Vermot – qui devaient faire partie du voyage ne cachent pas leur déception, voire leur irritation. Ruth-Gaby Vermot accuse carrément les politiques de faire obstacle aux actions humanitaires.
Ce qui n’empêche pas Ruth-Gaby Vermot de reconnaître que «un avion pour Bagdad» était également une opération à connotation politique. D’ailleurs, de nombreux parlementaires européens – français, italiens et suisses – s’y étaient associés.
Le président d’Enfants du Monde-Droits de l’homme, le père Buannic, dénonce avec virulence «la lâcheté du gouvernement français et la responsabilité des autorités belges». Et d’ajouter: «sous prétexte de ne pas gêner le Conseil de sécurité de l’ONU et ne pas déplaire à Madeleine Albright qui vient lundi à Paris, les gouvernements européens ont tout fait pour empêcher ce geste de solidarité».
De son côté, le ministère français des Affaires étrangères dément toute pression de la part de Paris et rappelle que la France n’était absolument pas opposée à ce genre «d’initiative privée», dès lors que tous les documents requis étaient en règle.
Il reste à savoir les vraies raisons de cette opération avortée. Une chose est sûre: le Conseil de sécurité de l’ONU est divisé au sujet de l’embargo irakien. La France, la Chine et la Russie estiment qu’un embargo aérien contre l’Irak n’est pas explicitement mentionné dans les résolutions onusiennes. Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne jugent au contraire que tout vol à destination de l’Irak doit faire l’objet d’une autorisation du Comité des sanctions de l’ONU.
Enfin, ceci explique sans doute cela: vendredi dernier, un premier vol civil et humanitaire français s’était posé à Bagdad, provoquant une polémique entre la France et les Etats-Unis qui entendent maintenir l’isolement du régime de Saddam Hussein par tous les moyens.
Catherine Miskiewicz
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