Les Etats-Unis presque seuls pour mener des représailles militaires
Une semaine après les attentats du World Trade Center et du Pentagone, l'administration Bush intensifie son activité diplomatique. Mais les dernières discussions que George W Bush a eues à la Maison Blanche illustrent les difficultés américaines à forger une coalition alliée pour mener des représailles militaires. L'opération doit s'appeler «Justice sans limite».
George W. Bush a ordonné mercredi le déploiement d’une centaine d’avions militaires dans la région du Golfe. Il a donné ainsi le premier signe concret d’une riposte aux attentats. L’opération doit s’appeler «Justice sans limite».
Le Président américain a annoncé qu’il s’expliquera ce soir lors d’un grand discours devant le Congrès sur la riposte qu’il prépare et sur les causes des attentats. «Je dois une explication au pays», a déclaré le président depuis le bureau ovale à la Maison Blanche à l’issue d’une réunion avec les dirigeants du Congrès.
Il reste que George W Bush paraît bien seul dans sa tentative de monter une coalition militaire. Il a prévu des entretiens séparés avec son homologue indonésien, Megawati Sukarnoputri, ainsi qu’avec Igor Ivanov, ministre russe des Affaires étrangères, et Joschka Fisher, chef de la diplomatie allemande.
Madame Sukarnoputri préside aux destinées du pays musulman le plus important de par sa population. Elle a déjà exprimé son soutien total aux Etats-Unis. Mais l’Indonésie est un pays instable et marqué par un mouvement islamiste qui n’hésite pas à recourir à la violence.
Nettoyer les péchés des Américains
La visite de Madame Sukarnoputri à Washington intervient d’ailleurs alors que plusieurs groupes islamistes indonésiens menacent de s’attaquer aux intérêts américains, au cas où le Pentagone s’en prendrait à l’Afghanistan.
L’anti-américanisme est tel en Indonésie qu’au grand dam de Washington, le vice-président de Madame Sukarnoputri, Hamzah Haz, a pu déclarer: que les attentats du 11 septembre «pourraient nettoyer les péchés des Américains».
Par ailleurs, le président Bush veut clarifier la position de la Russie avec le ministre Ivanov. En effet, si Moscou a dénoncé les attentats, elle a pour le moment exclu de participer à des représailles.
Le Kremlin demeure également très réticent à l’idée d’autoriser les Américains à utiliser les bases militaires russes au Tadjikistan, une ancienne république soviétique ayant 1200 kilomètres de frontière commune avec l’Afghanistan.
Des réserves européennes
Enfin, la visite du ministre allemand des Affaires étrangères illustrera les réserves des Européens envers l’option du tout-militaire apparemment choisie par Washington.
Devant le Bundestag, le chancelier Schroeder souligne ainsi que «si l’Allemagne est prête à prendre des risques, y compris sur le plan militaire, elle ne tient pas à se lancer dans des aventures».
Les réserves européennes ont aussi été communiquées à M. Bush par Jacques Chirac mardi soir. Le président français a, certes, exprimé «la solidarité totale de la France», mais il ne s’est pas expressément engagé à ce que Paris participe à des représailles militaires. M. Chirac a en effet simplement assuré M. Bush de «la disponibilité de la France à discuter des moyens de lutter contre le terrorisme».
Et de fait, si la communauté internationale exprime son soutien aux Etats-Unis, le nombre des pays qui annoncent une contribution militaire est très restreint.
Mardi, le ministre des Affaires étrangères de Corée du Sud a ainsi garanti à Colin Powell la participation de son pays à des représailles militaires et la possibilité pour les Américains d’employer les bases et les troupes dont ils disposent en Corée. Des engagements similaires ont été pris par la Grande-Bretagne et l’Australie.
Par ailleurs, le président pakistanais, le général Pervez Musharraf, a indiqué que les taliban d’Afghanistan seront l’une des principales cibles des Etats-Unis dans la campagne antiterroriste en préparation.
Marie-Christine Bonzom, Washington
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