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… mais accommodant pour les besoins de l’Allemagne nazie

La place financière suisse (comme la Paradeplatz de Zurich) a été accomodante avec le régime nazi. Keystone Archive

Camouflage économique. Transfert de capitaux. Commerce de papiers-valeurs pillés. La Suisse a rendu bien des services au 3e Reich.

La Suisse a été bien utile à l’Allemagne nazie. C’est vrai, notamment, à propos des ventes d’or, des fournitures de matériel de guerre, des crédits, et du transit avec l’Italie.

Mais deux des études publiées jeudi par la Commission Bergier offrent de nouvelles illustrations du parti qu’a su tirer le régime hitlérien de la Suisse, et en particulier de sa place financière.

Il s’agit, en premier lieu, des opérations occultes réalisées sur sol helvétique. Au début de la guerre, les Allemands ont notamment déguisé certains de leurs intérêts économiques, en les cédant temporairement à des intermédiaires suisses. Des centaines d’entreprises allemandes ont ainsi pu être camouflées en Suisse.

Capitaux en fuite

Et puis, les Allemands se sont également efforcés de mettre des capitaux à l’abri en Suisse. Un mouvement qui s’est accéléré vers la fin de la guerre. Mais qui fut soigneusement passé sous silence par les autorités helvétiques.

Quant au total de ces fonds allemands, les historiens aboutissent à une estimation deux fois plus élevée que les chiffres officiels révélés après la guerre, soit plus de 2 milliards de francs.

Enfin, la Suisse a, sans aucun doute, servi de lieu de transit pour les ressortissants allemands fuyant la victoire des Alliés et l’occupation. Parmi eux, des personnes accusées de crimes de guerre, dont Adolf Eichmann, Josef Mengele et d’autres.

Des mouvements qui présupposent, note le rapport Bergier, un réseau de relations bienveillantes en Suisse.

Les papiers-valeurs

Une seconde étude examine le commerce de papiers-valeurs entre la Suisse et le 3e Reich. Il s’agit, notamment, dès 1938, du rachat par l’Allemagne des parts d’entreprises situées dans les territoires occupés.

Ce qui a permis de mettre au pas l’économie des zones occupées. Mais aussi, pour beaucoup de réfugiés, de vendre leurs titres sur le marché suisse. Surtout, certaines banques et sociétés financières suisses ont revendu des papiers-valeurs spoliés par les nazis.

Durant l’année 1941, on voit aussi un certain nombre d’acteurs du marché helvétique émettre de fausses déclarations de propriété suisse pour permettre à des titres volés d’être revendus.

Ce n’est qu’après le tournant de la guerre que la place financière suisse mettra en place (en avril 1943) un contrôle rigoureux.

Une restitution imparfaite

Après la guerre, et sous la pression de la communauté internationale, le Conseil fédéral a pris des mesures pour assurer la restitution des biens volés. Mais il a renoncé – cette fois sous la pression des banques – à mener une vaste enquête pour retrouver les papiers-valeurs dérobés et déposés en Suisse.

Au final, beaucoup de titres volés n’ont tout simplement pas été réclamés. Ils sont donc restés en Suisse.

Le nombre limité de demandes de restitution peut s’expliquer de différentes manières. Soit par la mort des propriétaires spoliés et celle de leur famille. Soit, relève aussi le rapport, en raison de la complexité de la procédure mise en place et du manque d’appui offert aux demandeurs par les banques et la Confédération.

Pierre Gobet, Berne

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