Omar Bongo dément posséder des comptes en Suisse
Président du Gabon sans interruption depuis trente-trois ans, Omar Bongo consacre toute la fin de son livre-entretien, «Blanc comme nègre» à l'affaire Elf. Alors que deux de ses comptes sont toujours bloqués en Suisse, il jure ne pas détenir un seul franc dans la Confédération.
«Omar Bongo n’a pas de comptes en Suisse! Celui qui trouvera un compte de Bongo en Suisse, je l’embrasserai et je lui servirai du champagne», déclare l’un des plus anciens chefs d’Etat de la planète, après Fidel Castro. Puis il ajoute: «Pourquoi les juges suisses me traitent-ils comme un voleur? Il y aurait tant à dire sur eux et sur ce pays, avec son puritanisme de façade, son hypocrisie».
Visiblement, le président d’un des pays les plus riches d’Afrique, grâce notamment au pétrole, n’a toujours pas digéré que la Suisse bloque ses comptes. Ses avocats, le Genevois Dominique Poncet, et le Parisien Jacques Vergès, sont allés jusqu’au Tribunal fédéral en 1999 pour récupérer deux de ses comptes, dont l’un était baptisé Kourtas, mis sous séquestre en avril 1997. Leur argument? Les comptes d’Omar Bongo bénéficiaient de l’immunité présidentielle.
Le Tribunal fédéral leur a donné tort, faisant une distinction entre des comptes qui appartiendraient à un pays et, qui, effectivement, ne peuvent pas être bloqués, et des comptes détenus par une personne privée, même s’il s’agit d’un chef d’Etat. Or, Kourtas avait été ouvert par une société domiciliée aux Bahamas…
De plus, la justice genevoise révélait q’un compte d’Omar Bongo à Genève recevait des sommes substantielles d’Alfred Sirven, le patron d’Elf Aquitaine International, arrêté la semaine dernière aux Philippines. Oubliant totalement ce long épisode judiciaire (1997 à 1999), Omar Bongo préfère dans «Blanc comme nègre» jouer les amnésiques.
Le président du Gabon dénie le droit à la Suisse, comme à la France, «de donner des leçons de démocratie au monde entier et particulièrement à l’Afrique. Pourtant ce sont les pays de la corruption, mais personne n’en parle», lâche-t-il.
Les diatribes d’Omar Bongo n’impressionnent visiblement pas Bernard Bertossa, le procureur général de Genève. «Il faudra qu’il trouve autre chose qu’un livre pour se défendre», commente le magistrat. «Comme chef d’Etat, il bénéficie, certes, de l’immunité. Mais celle-ci n’est pas garantie pour les autres», ajoute-t-il.
Une façon de rappeler que le président Bongo s’est servi en Suisse d’un prête-nom, Samuel Dossou-Aworet, son conseiller spécial et époux de l’ambassadrice du Gabon en France et en Suisse. Affaire à suivre donc.
Ian Hamel
«Blanc comme nègre», par Omar Bongo, entretiens avec Airy Routier, chez Grasset. 311 pages.
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