La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Les banques de développement: quel rôle et quel impact?

Le lit d'un fleuve en Amazonie
Les banques de développement accordent aujourd'hui une place centrale au changement climatique et se sont engagées à aligner leurs activités sur l'Accord de Paris sur le climat. Keystone

Alors que des pays occidentaux comme les États-Unis ou la Suisse coupent dans l'aide internationale, les banques de développement gagnent en importance. Mais comment fonctionnent-elles et quels résultats apportent-elles aux pays du Sud?

Les banques de développement sont des banques coopératives fondées par les États. Leur objectif est de soutenir le développement d’autres pays, notamment en finançant des projets d’infrastructure par le biais de prêts accordés à des conditions avantageuses. Dans un contexte de réduction de l’aide publique au développement, leur rôle devient de plus en plus central.

Depuis quand les banques de développement existent-elles?

Historiquement, elles constituent un pilier du système multilatéral. En 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, les délégués de 44 pays réunis à la conférence de Bretton Woods fondent, parallèlement au Fonds monétaire international (FMI) chargé de stabiliser l’économie mondiale, la première banque de développement: la Banque internationale pour la reconstruction et le développement. L’institution a pour mission de soutenir la reconstruction et la stabilité de l’Europe après la guerre.

Quel est leur rôle?

Les banques de développement sont des banques coopératives fondées par les États. Outre les fonds apportés par les pays actionnaires, elles mobilisent également des capitaux privés. Le fait que leurs actionnaires soient des pays riches leur permet d’emprunter sur les marchés des capitaux à des conditions avantageuses. Elles peuvent ainsi financer des projets d’investissement dans des pays qui auraient autrement des difficultés à accéder aux capitaux.

Les banques de développement soutiennent principalement des pays à revenu faible ou intermédiaire, à l’instar de l’Inde ou de l’Indonésie. Pour les pays les plus pauvres, comme l’Éthiopie, des prêts sans intérêt sont proposés via des fonds spécifiques, selon un rapport de l’École polytechnique fédérale de ZurichLien externe (EPFZ).

Voici pourquoi la Suisse s’engage, par exemple, auprès de la Banque africaine de développement:

Plus
Nouvelle capitale administrative, à 45km du Caire en Egypte.

Plus

Affaires étrangères

La Suisse se rapproche d’une Afrique qui compte de plus en plus

Ce contenu a été publié sur D’ici la fin du siècle, une personne sur trois vivra très probablement en Afrique. De ce fait, l’Union africaine, qui regroupe tous les États du continent, gagne en intérêt. La Suisse l’a compris et poursuit son rapprochement entrepris il y a des années.

lire plus La Suisse se rapproche d’une Afrique qui compte de plus en plus

Qu’est-ce qui distingue les banques de développement de l’aide internationale?

Fritz Brugger, du Centre pour le développement et la coopération (NADEL)Lien externe de l’EPFZ, explique: «La coopération au développement repose sur deux instruments complémentaires: les contributions, qui ne doivent pas être remboursées, et les crédits, qui doivent être remboursés, sans intérêts ou à des taux réduits.» Les banques multilatérales de développement fonctionnent autrement, poursuit-il: «La Banque mondiale est, fondamentalement, une banque.»

Cela signifie que la Banque mondiale accorde des prêts à des projets ou à des États, qui doivent être remboursés par la suite. Ce mécanisme permet aux banques de mobiliser des montants plus importants.

Pourquoi les banques de développement gagnent-elles en importance?

De nombreux pays occidentaux, à commencer par les États-Unis, mais aussi la Suisse, réduisent leur aide internationale. Face à ce recul, le rôle des banques de développement se renforce, observe Fritz Brugger.

Dans son dernier rapport d’évaluationLien externe sur l’action de la Suisse au sein des banques de développement, le Conseil fédéral le souligne également: alors que l’aide publique au développement «subissait une pression croissante», les banques de développement «ont continué d’augmenter leur volume d’investissement et ainsi de renforcer leur rôle».

Pour autant, ces institutions ne remplaceront pas l’aide au développement. «Tous les projets ne peuvent pas être financés par des prêts, et le risque de surendettement existe», avertit Fritz Brugger. Une inquiétude partagée par de nombreux spécialistes du développement, car, même à des conditions avantageuses, les prêts doivent être remboursés.

Un homme devant une affiche représentant l'Afrique
Akinwumi Adesina, ancien président de la Banque africaine de développement, le 23 mai 2022 lors de son assemblée annuelle à Accra, au Ghana. AFP

Comment le rôle des banques de développement a-t-il évolué ces dernières années?

Au cours de la dernière décennie, les banques de développement ont engagé plusieurs réformes. En 2015, la Banque mondiale a publié un document stratégiqueLien externe visant à établir une «vision commune parmi les actionnaires» pour atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU, tels que la réduction de l’extrême pauvreté.

L’objectif était avant tout de renforcer le rôle du secteur privé. «Des marchés compétitifs (…) sont essentiels pour assurer la durabilité des objectifs de développement et favoriser des opportunités économiques inclusives, en particulier pour les femmes et les groupes défavorisés», souligne le document.

À partir de 2023, une nouvelle réforme est lancée avec l’«Evolution Roadmap» (feuille de route évolutive), à laquelle la Suisse a contribué. L’objectif est de permettre aux banques de développement de mieux répondre aux défis mondiaux tels que la crise climatique ou les pandémies. «Auparavant, le financement des banques de développement était davantage axé sur des enjeux nationaux ou régionaux», explique Ivan Pavletic, chef du secteur Coopération multilatérale au Secrétariat d’État à l’économie (SECO).

Ainsi, dans le sillage de la pandémie de Covid-19, de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire ont eu besoin d’une aide financière rapide. Selon Ivan Pavletic, la coopération bilatérale n’aurait pas été en mesure de mobiliser des fonds d’une telle ampleur dans des délais aussi courts. Les banques de développement ont, elles, rassemblé plus de 200 milliards de dollars en un temps record. «L’Evolution Roadmap vise à élargir leur mandat pour mieux répondre aux défis mondiaux.»

Quelles critiques émergent du secteur du développement?

Le fait que la Banque mondiale accorde une plus grande importance aux capitaux privés suscite des critiques. Selon Kristina Lanz, de l’ONG suisse Alliance Sud, cette orientation influence l’ensemble du secteur du développement, la Banque mondiale fixant des standards à l’échelle internationale.

«Nous observons un effet de ruissellement», relève Kristina Lanz. Partout, les acteurs du développement cherchent à collaborer davantage avec le secteur privé. Un choix problématique, selon elle: «La pauvreté se concentre surtout dans des États fragiles ou des zones rurales, peu attractifs pour les investisseurs privés. Nous craignons que plus de fonds ne soient investis dans des régions ou secteurs rentables, au détriment des populations les plus pauvres.»

Les banques de développement placent aujourd’hui le changement climatique au cœur de leurs préoccupations et se sont engagées à aligner leurs activités sur l’Accord de Paris de 2015 sur le climat. À ce jour, elles ont apporté une contribution de 85,1 milliards de dollars au financement climatiqueLien externe dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. «Des failles subsistent néanmoins, notamment via le financement du commerce, où des fonds affluent vers des banques qui investissent également dans des projets liés aux énergies fossiles», pointe Kristina Lanz.

L’experte en coopération internationale met aussi en garde contre les conséquences d’un éventuel revirement de la politique climatique des États-Unis depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Les États-Unis détiennent 17,5% des parts de la Banque mondialeLien externe et en sont ainsi le principal actionnaire. «Le scepticisme des États-Unis face à la lutte contre le changement climatique a influencé les discussions au sein de la Banque mondiale», confirme Ivan Pavletic. Il souligne toutefois qu’aucun actionnaire, même le plus important, ne peut, à lui seul, imposer sa ligne.

Plus

Quelle est la stratégie de la Suisse?

Le revirement de politique des États-Unis représente aussi un défi pour la Suisse. Le pays s’est engagé à défendre, au sein des banques de développement, les priorités fixées par le Parlement, telles que la promotion de l’État de droit, les droits humains, l’égalité de genre ou encore la lutte contre le changement climatique.

Sous le nom d’«Helvétistan», la Suisse est à la tête d’un groupe de vote au sein des institutions de Bretton Woods, composé majoritairement de pays d’Asie centrale. Explications:

«L’action au sein des banques multilatérales de développement est une composante essentielle de la coopération internationale de la Suisse», souligne le Conseil fédéral dans son rapport d’évaluation. La Suisse est membre des principales banques multilatérales et y détient un capital-actions s’élevant à 774 milliards de dollars au total.

Cet engagement «permet à la Suisse d’exploiter les synergies découlant de sa coopération bilatérale et d’obtenir ainsi des effets plus significatifs», selon le Conseil fédéral. Là où la coopération bilatérale doit se concentrer sur certains pays pour être efficace, les banques de développement adoptent une approche plus globale, indique l’EPFZ.

À ce stade, le changement de cap du gouvernement américain n’a pas encore eu de conséquences concrètes sur le travail des banques de développement, selon Ivan Pavletic. La Suisse entend néanmoins défendre la poursuite des engagements climatiques.

Pour Kristina Lanz, les défis ne viennent pas uniquement des États-Unis. Le groupe de vote dont la Suisse est responsable au sein de la Banque mondiale comprend de nombreux pays favorables au développement des énergies fossiles, dit-elle. Jusqu’à présent, le rôle de la Suisse est passé trop inaperçu. Kristina Lanz se réjouit donc que le Conseil fédéral doive désormais publier un rapport d’évaluation à ce sujet. «Il est important que la Suisse rende compte de son action et s’engage plus clairement sur certaines thématiques.»

Relu et vérifié par Benjamin von Wyl. Traduit de l’allemand par Lucie Donzé/rem.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision