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La Suisse souhaite une feuille de route internationale pour l’abandon progressif des combustibles fossiles

pompe d'extraction d'huile
La production et la consommation de combustibles fossiles représentent 68% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Copyright 2022 The Associated Press. All Rights Reserved.

Alors que le pétrole et le gaz sont au cœur des tensions mondiales, une conférence internationale inédite organisée en Colombie vise à relancer la transition vers l’abandon des combustibles fossiles. La Suisse soutient la mise en place d’un plan clair pour leur élimination progressive.

La Conférence sur la transition vers l’abandon des combustibles fossiles, qui doit se tenir du 24 au 29 avril à Santa Marta (Colombie), est le tout premier sommet international entièrement consacré au sujet. Avec le marché pétrolier et gazier bousculé par le conflit au Moyen-Orient, elle revêt désormais un caractère d’urgence.

Quel est l’objectif de la conférence de Santa Marta, et qui y participe?

Coorganisée par la Colombie et les Pays-Bas, la conférenceLien externe vise à développer des solutions concrètes pour accélérer l’élimination progressive des combustibles fossiles, conformément à l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Elle entend définir les outils juridiques, les mesures économiques et les solutions sociales nécessaires pour garantir une transition «juste et ordonnée».

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«La transition hors des combustibles fossiles est une condition préalable à la paix»

Ce contenu a été publié sur La Conférence sur la transition hors des combustibles fossiles, en Colombie, est le premier sommet international consacré à l’abandon de la production de charbon, de pétrole et de gaz. Interview du directeur de la Fossil Fuel Treaty Initiative.

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La Suisse y participe. Elle sera représentée par l’ambassadeur pour l’environnement Felix Wertli, indique l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Quelque quarante-cinq autres paysLien externe, dont des producteurs de combustibles fossiles tels que le Canada et la Norvège, ont confirmé leur présence.

Après l’impasse des discussions sur les combustibles fossiles de la dernière Conférence des Nations unies sur le climat (COP 30), qui s’est tenue à Belém (Brésil) l’année dernière, le sommet colombien se veut un nouvel espace de dialogue et de coopération. Il n’entend pas remplacer les négociations officielles des Nations unies sur le climat – trop influencéesLien externe, disent certains, par les lobbies pétroliers. Son objectif est de créer une plateforme intergouvernementale complémentaire afin de soutenir les actions concrètes des pays souhaitant réduire leur dépendance aux combustibles fossiles.

La Suisse s’est engagée à éliminer progressivement les combustibles fossiles et à poursuivre la transition vers les d’énergie renouvelable. Lors de la dernière Conférence des Nations unies sur le climat (COP30), plus de 80 pays, dont la Suisse, ont demandé une feuille de route claire pour l’abandon des énergies fossiles.

Dans le même temps, la Suisse reste fortement dépendante des importations de pétrole et de gaz, en particulier pour les transports et le chauffage des bâtiments.

Cette série analyse la dépendance énergétique de la Suisse et sa relation en partie ambiguë avec les combustibles fossiles dans le contexte international.

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Pourquoi une conférence sur la transition énergétique aujourd’hui?

Les énergies fossiles sont responsables de 68% des émissions mondialesLien externe de gaz à effet de serre. Pour atteindre les objectifs climatiques, il est crucial de les remplacer par des alternatives plus propres, telles que l’énergie solaire et éolienne.

Lors de la COP 28, qui s’est tenue en 2023 à Dubaï, près de 200 pays avaient, pour la première fois en plus de trente ans de négociations sur le climat, reconnu la nécessité de réduire progressivement la consommation de pétrole, de gaz et de charbon. Mais aucune avancée concrète n’a été réalisée depuis lors.

Les investissements dans les énergies renouvelables ont certes augmenté, mais la production mondiale de combustibles fossiles devrait encore croître dans les années à venir, comme le montre ce graphique:

Contenu externe

L’année dernière à Belém, plus de 80 paysLien externe ont soutenu l’idée – de la présidence brésilienne – d’une feuille de route mondiale pour la transition vers l’abandon des combustibles fossiles. Mais la proposition n’a pas été intégrée au texte final de la conférence. Le blocage est principalement venu des grands pays producteurs de pétrole, tels que l’Arabie saoudite et la Russie, ainsi que de la Chine et de l’Inde, réticents à se lancer dans une transition concrète et rapide.

Afin de maintenir la pression internationale, un groupe plus restreint, emmené par la Colombie et les Pays-Bas, a cherché à ouvrir une nouvelle voie diplomatique en dehors du processus de négociation de la COP, donnant ainsi naissance à la Déclaration de Belém sur une transition juste vers l’abandon des combustibles fossiles.Le texte reconnaîtLien externe que la production, la consommation, l’octroi de licences et les subventions liées aux combustibles fossiles sont incompatibles avec les objectifs climatiques internationaux.

Cette déclaration, qualifiée d’historique, car elle a également été approuvée par des pays producteurs de combustibles fossiles tels que le Mexique et l’Australie, a jeté les bases de la conférence de Santa Marta.

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Comment faites-vous face à la hausse du prix des combustibles fossiles?

La crise énergétique déclenchée par le conflit au Moyen-Orient a fait flamber les prix du pétrole et du gaz. Quelles sont les répercussions de cette crise énergétique pour vous?

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Quelle est la position de la Suisse?

La Suisse soutient l’initiative brésilienne visant à établir une feuille de route internationale, laquelle devrait, selon l’OFEV, définir des étapes concrètes pour la mise en œuvre de la transition. Elle participe également à des initiatives internationales visant à supprimer les milliards de subventions accordésLien externe aux énergies fossiles.

«La conférence de Santa Marta offrira un premier espace d’échange sur les défis communs. Elle marque le début d’une discussion absolument nécessaire, mais aussi complexe», écrit l’OFEV dans un courriel.

Une telle transition n’est pas qu’une question climatique. Elle nécessite également une réflexion sur les implications pour l’économie, les finances, la sécurité énergétique et, surtout, les moyens de subsistance des millions de personnes travaillant dans l’industrie des combustibles fossiles.

la fumée qui s'échappe des cheminées des immeubles
En Suisse, un immeuble résidentiel sur deux est chauffé à l’aide de combustibles fossiles. Keystone / Salvatore Di Nolfi

À l’échelle nationale, la Suisse vise à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Elle n’a pas adopté d’interdiction explicite des combustibles fossiles; elle prévoit plutôt de réduireLien externe leur consommation, principalement en encourageant le remplacement des systèmes de chauffage dans les bâtiments et en soutenant les technologies innovantes et durables dans le secteur industriel.

Ce plan a toutefois fait l’objet de critiques. Des organisations environnementales affirment que la Suisse manque d’un plan national structuré et contraignant nécessaire pour sortir progressivement des combustibles fossiles. En mars dernier, les Verts ont appelé à une feuille de route claireLien externe visant à garantir planification et investissements pour la population et l’économie.

Selon Léonore Hälg, responsable des Énergies renouvelables à la Fondation suisse pour l’énergie (SES), le passage des combustibles fossiles – et de l’énergie nucléaire – à l’électricité, associé à une baisse de la demande énergétique, réduirait considérablement la dépendance de la Suisse vis-à-vis des approvisionnements provenant de régions instables sur le plan géopolitique. «Le conflit actuel au Moyen-Orient illustre parfaitement l’impuissance des pays importateurs de pétrole face à la flambée des prix», dit-elle à Swissinfo.

Quel impact le conflit au Moyen-Orient a-t-il sur la sortie des énergies fossiles?

La crise énergétique déclenchée par l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran va renforcer les appels en faveur d’une sortie mondiale des énergies fossiles, estime Léonore Hälg. Mais elle ne pense pas «que cela aura un effet direct sur la volonté à court terme des pays de s’engager dans une feuille de route claire et contraignante».

La crise actuelle montre que «les combustibles fossiles n’assurent pas la sécurité énergétique, mais qu’ils la compromettent», indique à Swissinfo la conseillère politique à l’Institut international du développement durable (IISD) Paola Yanguas Parra. Selon elle, la situation devrait probablement renforcer les arguments en faveur d’une sortie mondiale. «La réaction instinctive consistant à répondre par des subventions aux carburants est compréhensible, mais nos recherches montrent que ces mesures sont coûteuses, difficiles à démanteler et ne contribuent guère à réduire l’exposition aux chocs futurs.»

Pour la chercheuse de l’IISD, deux tendances opposées se dessinent. Tandis que certains gouvernements développent la production ou les infrastructures liées aux combustibles fossiles au nom de la sécurité énergétique, d’autres profitent de la crise pour accélérer la transition vers des systèmes plus propres et plus résilients. «Lorsque les incitations adéquates et la volonté politique sont en place, cette transition peut se faire rapidement», dit-elle. Elle cite l’exemple de l’Uruguay, lequel est parvenu à mettre en place un système électrique presque entièrement renouvelable en moins d’une décennie.

Les pays producteurs de combustibles fossiles pourraient, eux, profiter de la hausse des prix du pétrole et du gaz pour changer de cap, fait valoir Paola Yanguas Parra. «Bien gérés, les revenus générés pendant les périodes de prix élevés peuvent également aider certains exportateurs de combustibles fossiles à investir dans la diversification économique, la reconversion de la main-d’œuvre et la protection sociale, renforçant ainsi leur résilience à long terme au lieu d’accroître leur dépendance», argumente-t-elle.

Pour l’experte, la crise actuelle confirme l’idée plus générale selon laquelle la sécurité énergétique ne consiste pas à miser davantage sur les combustibles fossiles, mais à aller au-delà. «Une transition maîtrisée et équitable vers l’abandon des combustibles fossiles est essentielle non seulement pour atteindre les objectifs climatiques, mais aussi pour construire des systèmes énergétiques plus stables, résilients et sûrs à long terme.»

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Que peut-on attendre de la conférence de Santa Marta?

La conférence ne débouchera sur aucun accord contraignant. Toutefois, les analystesLien externe estiment qu’elle pourrait aboutir à l’élaboration d’un document commun sur une transition «juste, ordonnée et équitable» vers l’abandon des combustibles fossiles, comprenant des objectifs minimaux et un libellé plus ambitieux que celui des conférences des Nations unies sur le climat. Ce document pourrait servir de première ébauche d’une feuille de route mondiale commune en vue d’une élimination progressive.

Le comité organisateur espère que le groupe initial de «pays volontaires» à l’origine de la Déclaration de Belém s’élargira pour former une coalition de gouvernements, d’institutions internationales et d’entreprises déterminés à jeter les bases d’une transition au-delà des combustibles fossiles.

Relu et vérifié par Gabe Bullard, traduit de l’anglais par Albertine Bourget/op

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