Poignée de mains ratée entre Y. Binladin et G. Bush père
Le financier suisse devait rencontrer l'ex-président, mardi à Genève, lors d'un dîner. Mais il a été prié de se décommander.
C’est dans le cadre d’un dîner traditionnellement organisé chaque année dans un grand hôtel genevois par le gestionnaire américain de portefeuilles Carlyle que le financier Yeslam Binladin aurait dû se trouver en présence du père de l’actuel président américain.
Jusqu’à la dernière minute, le fondateur de la Saudi Investment Company (SICO) avait cru à cette rencontre. Une simple poignée de mains avec l’ancien président des Etats-Unis (et ancien directeur de la CIA) aurait pu balayer tous les soupçons sinon toutes les accusations de liens avec le terrorisme islamiste portée contre lui depuis septembre 2001.
Quelques petites minutes passées ensemble auraient suffi pour montrer aux autorités helvétiques et françaises, que les Etats-Unis, victimes des attentats du 11 septembre, considéraient toujours le reste de la famille Binladin comme fréquentable.
Mais, peu de temps avant ce dîner, le demi-frère d’Oussama Ben Laden a reçu un appel téléphonique «au plus haut niveau» lui conseillant de décliner cette invitation, afin de ne pas embarrasser les autres convives.
Lié au complexe militaro-industriel américain, Carlyle réunit en effet des personnalités de haut niveau triées sur le volet.
Perquisitions dans quatre cantons
Cela dit, les pressions exercées sur Yeslam Binladin n’ont rien d’étonnant, Depuis mars, le financier genevois d’origine saoudienne fait l’objet d’une enquête pour blanchiment, diligentée par le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke (par ailleurs en charge de l’affaire Elf).
L’information judiciaire ouverte par le parquet de Paris porte sur des opérations considérées comme suspectes. Des mouvements financiers, transitant par la France, entre les îles Vierges britanniques, la Grande-Bretagne, l’Arabie Saoudite.
Depuis, Renaud Van Ruymbeke a perquisitionné la villa de Yeslam Binladin à Cannes, dans le sud de la France. Et la police judiciaire fédérale, agissant sur commission rogatoire française, a mené des investigations dans neuf sociétés et chez quatre particuliers, tous liés au financier, dans les cantons de Genève, Berne, Zurich et Zoug.
Yeslam Binladin a toujours crié son innocence, jurant qu’il n’entretenait plus aucun lien, depuis une vingtaine d’années, avec son demi-frère Oussama, instigateur présumé des attentats meurtriers contre les Etats-Unis.
Par ailleurs, le financier genevois (il a obtenu la nationalité suisse l’an dernier) affirme que sa société SICO se trouve dans l’impossibilité de réaliser des affaires depuis le 11 septembre 2001.
swissinfo/Ian Hamel
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