SAirGroup sur le banc des accusés
Les cantons de Genève et de Neuchâtel ont déposé une plainte pénale contre les administrateurs de SAirGroup. Une première qui intéresse d'autres cantons.
Gestion déloyale, faux dans les titres, manipulation de cours en Bourse et avantages accordés à certains créanciers. Telles sont les principales accusations contenues dans la plainte pénale déposée auprès du parquet zurichois le 14 février dernier.
«Les contribuables ont perdu beaucoup d’argent dans cette débâcle. Ils ont droit à la vérité, à une information complète et transparente qui ne peut jaillir que d’un procès», précise Micheline Calmy-Rey, ministre des Finances du canton de Genève.
Pour son canton, la perte s’élève à 57 millions de francs. Une somme qui correspond à la valeur des actions détenues par Genève au 31 décembre de l’année dernière (soit 260 francs par action). Le canton de Neuchâtel, lui, accuse une perte d’un million de francs environ.
Un procès exemplaire
Les deux cantons espèrent donc récupérer une partie de leur mise. Sylvie Perrinjaquet, responsable des finances neuchâteloises, est persuadée que cette exigence intéressera d’autres cantons romands.
Micheline Calmy-Rey considère, pour sa part, que cette action en justice a une valeur beaucoup plus large. «La tenue d’un tel procès devrait permettre de rétablir la confiance de la population dans le fonctionnement des entreprises et tout particulièrement dans celles qui délivrent des prestations d’utilité publique».
Cette confiance aurait donc été trahie par les administrateurs du SAirGroup. «On a le sentiment qu’il y a eu tromperie sur la situation effective du groupe et les perspectives d’avenir de Swissair», souligne la ministre genevoise.
Pour sa collègue neuchâteloise, Sylvie Perrinjaquet, ce procès devrait également permettre de tirer les leçons de la débâcle: «Cette recherche de la vérité est essentielle. D’autant que les cantons participent également au financement de la nouvelle compagnie aérienne suisse».
Swiss, justement, ne devrait pas être éclaboussée par cette affaire, affirment les deux ministres des Finances.
Un dossier particulièrement solide
Les avocats de SAirGroup auront fort à faire. Le dossier, constitué par l’avocat Michel Heymann (du bureau zurichois Heymann & Baldi), est particulièrement solide, précise Sylvie Perrinjaquet.
Les administrateurs du SAirGroup semblent avoir peu de chance d’échapper au procès. Mais avant qu’Eric Honegger, Thomas Schmidheiny, Bénédict Hentsch, Mario Corti, Lukas Mühlemann et quelques autres se retrouvent sur le banc des accusés, une autre étape doit être franchie.
Le tribunal zurichois chargé du procès devra mener une enquête qui prendra du temps et qui mobilisera des experts en matière de crime économique.
Quoi qu’il en soit, la qualité des futurs accusés et la nature des faits incriminés sont exceptionnelles. C’est même la première fois que la fine fleur de l’économie helvétique se retrouve pareillement mise en cause.
Frédéric Burnand, Genève
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